Père fragmenté dans un sac

de Ángel Hernández

Traduit de l'espagnol par Marion Cousin

Avec le soutien de la MAV

Écriture

  • Pays d'origine : Mexique
  • Titre original : Padre fragmentado dentro de una bolsa
  • Date d'écriture : 2012
  • Date de traduction : 2026

La pièce

  • Genre : drame
  • Nombre d'actes et de scènes : 33 scènes
  • Décors : Plusieurs lieux dans la ville de Monterrey au Mexique : la maison de Marianne, l’école, la rue, l’hôpital, le zoo.
  • Nombre de personnages :
    • 11 au total
    • 3 homme(s)
    • 4 femme(s)
    • 5 personnages principaux : Marianne, sa mère, son père, Chistine, Morgan. Les autres personnages ont des rôles très furtifs : le.s soldat.s, le/la médecin, le/la policier.e, Melissa et les autres élèves qui ne sont pas nommés
  • Durée approximative : 90 mn
  • Domaine : protégé

Édition

Cette traduction n'est pas éditée mais vous pouvez la commander à la MAV

Résumé

Marianne est la fille d'un narcotrafiquant dont le cadavre est retrouvé découpé en six morceaux dans un sac poubelle devant l'école. En rassemblant ses souvenirs ainsi que les fragments d'un dessin mis en pièces par ses camarades, elle tentera de recomposer l'image d'un père adoré par-delà le bien et le mal, et de comprendre les causes de sa mort, afin de faire son deuil. Un exercice de douleur poussé jusqu'au délire qui fera d'elle une victime tyrannique non seulement de la violence du narcotrafic, mais aussi de la moquerie et du rejet des soi-disant honnêtes gens.

Regard du traducteur

Écrite au fil d'une recherche menée auprès de familles de personnes exécutées lors de la guerre contre le narcotrafic au Mexique, Padre fragmentado dentro de una bolsa interroge les conditions de vie de ces orphelins indésirables que sont les enfants de narcotrafiquants, leur droit au statut de victime et leur droit au deuil. Dans cette spirale de mort, la violence s'exprime sous toutes ses formes et n'épargne personne. 

On découvre d'abord la violence meurtrière du narcotrafic, la violence intrafamiliale où plane le soupçon de l'inceste, et la violence machiste intégrée par la fille elle-même qui s'adresse à sa mère avec des propos misogynes. 

Mais derrière ces violences qui appartiennent à la cellule familiale du criminel, apparaît très vite celle d'une société qui se prétend innocente et l'agressivité des bien-pensants envers la fille du narcotrafiquant tué : les élèves qui commencent par déchirer le dessin qu'elle a fait de son père et en dispersent les morceaux, puis qui la tabassent en imitant les méthodes des narcos ; l'adolescent témoin qui excuse ce passage à tabac par le fait qu'elle a détruit les affaires des autres, et qui au passage regrette de ne pas avoir pris part à ces violences pour pouvoir abuser d'elle ; la maîtresse d'école qui essaie d'écarter l'orpheline, de l'empêcher de dessiner, de parler, de revenir à la vie et dans la société, car sa parole, sa présence à l'école, sa souffrance sont inconvenantes. 

Enfin, cette violence culmine dans la destruction et la recomposition de sa propre maison par Marianne. Tout comme des assassins ont démembré son père et ses camarades ont déchiré son dessin, Marianne met le contenu de sa maison en pièces avant de tout recoller, de tout rapiécer, comme pour signifier l’impossibilité de se reconstruire et pour mettre à mal l’idée que rien ne se perd et tout se transforme. Parce qu’ici, la guerre des narcos ne laisse qu’un champ de bataille et des cadavres fragmentés, qu’il est vain de tenter de recomposer.

Le personnage de Marianne est, tout comme la définition qu'elle fait de son père et la représentation graphique qui en subsiste, un puzzle. 

De la même façon que le corps qu'elle pleure est celui d'un criminel et non celui d'un innocent, la protagoniste victime est certes une enfant, mais pas la figure aimable qu'on pourrait attendre et sur laquelle voudrait se porter notre compassion. Elle a des propos grossiers, immoraux, misogynes, outranciers. En tant que fille d'un criminel, elle est détestée et maltraitée par ses camarades et professeurs, et parce qu'elle est pétrie de violence, elle rejette et empêche toutes les tentatives d'attachement et d'empathie de sa maîtresse d'école, mais aussi du lecteur et du spectateur. 

De plus, au fur et à mesure qu'elle se raconte, elle égraine les versions, les récits, les rêves, les fantasmes, les révélations et les aveux qui se contredisent les uns les autres, étendant cette forme du puzzle à tout le régime de la fiction. Si bien que tant dans la pièce que dans le monde dont elle se fait le reflet, cette enquête que tous se refusent à mener devient un labyrinthe, parfois une galerie des glaces, dont la diffraction abolit tout principe de réalité et neutralise toute quête de vérité.

Ainsi, la pièce traite du narcotrafic depuis un point de vue échappant au manichéisme. De même que la fragmentation du corps du père annule sa mémoire, et que la dispersion des morceaux du dessin empêche le deuil de Marianne, la structure fragmentée de la pièce, du récit et de la parole rend impossible non seulement l'accès à une vérité historique, dans laquelle ce conte serait susceptible d'éclairer l'histoire et les ressorts du narcotrafic, mais aussi l'affleurement d'un quelconque jugement moral.

La pièce est complétée par un texte annexe, intitulé Journal intime de Marianne, qui développe le monde intérieur du personnage et en nuance encore la perception. Il est traduit en complément de la pièce pour nourrir la compréhension de Père fragmenté dans un sac.