Nino (37 ans) et Erik (49 ans) forment un couple aimant mais aux aspirations parfois divergentes. Nino tente de trouver sa voie dans un monde où le bonheur n’est pas simple à cultiver, là où Erik semble s’être plutôt résigné. Ils ont pour voisine madame Yamamoto, une vieille dame seule de laquelle Nino va se rapprocher. Ils connaîtront avec elle, et la nièce d’Erik, Milena, quelques moments inoubliables qui vont contribuer à changer profondément la nature de leur relation. À la mort de madame Yamamoto, Nino, qui a ouvert un restaurant qu’il baptise du nom de sa vieille amie, emménage seul dans l’appartement qu’elle laisse vide. Autour de cette intrigue gravite toute une constellation d’individus confrontés à des situations du quotidien plus ou moins éprouvantes : un homme et une femme qui n’arrivent pas à s’installer ensemble, une serveuse qui doit faire face à la paranoïa d’une cliente, un homme écrivant des poèmes d’amour qu’il cherche désespérément à qui adresser, un homme entretenant une relation avec une femme plus riche que lui, une autre femme essayant de convaincre une compagne de promenade à militer pour le port d’arme, une femme seule à sa fenêtre décrivant au téléphone le comportement « anormal » de son voisin de l’immeuble d’en face, un père contraint, par son jeune fils, à la piscine, d’expliquer ce qu’est la mort, deux femmes adeptes de la pêche à la ligne qui polémiquent sur l’existence de Dieu, puis se désolent du fait que leur rivière subisse une pollution majeure, un psychothérapeute à qui sa patiente, très riche, explique qu’elle ne se sent reconnue que lorsqu’elle commet des larcins, une femme dont la voiture prend feu mais qui refuse qu’un autre automobiliste l’aide à l’éteindre, une femme qui pense avoir perdu son sac à dos…
Plus que jamais, Dea Loher crée avec Madame Yamamoto est encore là une « dramaturgie aléatoire », des faisceaux de rencontres et de croisement de « personnages à la vie minuscule » confrontés à des problèmes réels ou imaginaires plus grand qu’eux. Ce qui me fascine particulièrement dans cette dernière pièce, c’est la maîtrise exceptionnelle avec laquelle Dea Loher tisse le petit et le grand, le « plus que modeste » avec la tragédie existentielle. Mais surtout, l’empathie formidable qu’elle manifeste envers les personnages qu’elle crée et dont elle dresse des portraits « de chair et de sang », miroirs intenses de nos propres vies. Le théâtre de Dea Loher, depuis ses premières pièces, provoque du chagrin et de la joie. Il interroge et console. Il s’inscrit, selon moi, dans une veine où l’art aide à supporter l’absurdité de la vie.