Écriture

  • Pays d'origine : Allemagne
  • Titre original : Engel
  • Date d'écriture : 2006
  • Date de traduction : 2009

La pièce

  • Nombre d'actes et de scènes : 3 actes
  • Décors : 7 lieux
  • Nombre de personnages :
    • 9 au total
    • 4 homme(s)
    • 5 femme(s)
  • Durée approximative : 2h
  • Création :
    • Période : 29/09/2006
    • Lieu : Münchner Kammerspiele, Munich
  • Domaine : protégé, pour la traduction : Jörn Cambreleng via la SACD

Édition

  • Edité par : Editions Théâtrales
  • Prix : 11.50 €
  • ISBN : 978-2-84260-325-0
  • Année de parution : 2009
  • 80 pages

Résumé

Asta travaille dans un bar. L'un de ses clients lui a tatoué un souvenir dans le dos. Le tatouage figure une femme en train de mourir dans un paysage de dunes en Pologne : c'est la mort d'Elisabeth, et Hardy le tatoueur se souvient avoir été le témoin de ce meurtre. De retour de vacances, au bar, il offre un galet qui semble être l'arme du crime à la barmaid. Mais comment Elisabeth peut-elle être morte, puisqu'elle fait irruption au bar, avec l’intention de revoir la scène dans le dos d'Asta ?

Hanno Biskop vit avec sa fille, Heike. Il reste sourd à ses problèmes et, tout en cherchant l'âme sœur sur Internet, ne parvient pas à surmonter la mort de sa femme, Elfi, décédée des suites d'un cancer trois ans plus tôt. Mais cet après-midi-là, après une chute dans un escalier, une femme, qui jusque-là s'appelait  Sonia, prétend s'appeler Elfi. Et cette Elfi rentre chez elle. La fille ne reconnaît pas sa mère : elle ne lui ressemble pas, n'a pas la même odeur, bouge différemment. Mais Elfi se souvient de tout, des veilles blessures, des anciennes preuves d'amour. Et Hanno, qui noyait sa solitude au comptoir d'Asta, en tombe amoureux, peut-être même davantage qu'il ne l'était de sa femme.

Axel a connu le grand amour avec Ulla. Ils se retrouvent ce soir-là, dix-neuf ans après. Ulla lui est étrangère, il ne se souvient que de ses cheveux, épais et roux, ondulants et flamboyants. Ils passeront la nuit ensemble : il a prévu les bougies, le champagne, les fraises. Comme jadis. Mais Ulla ne se souvient de rien de tout cela.

Les trois histoires s'entrelacent. Les blessures sont exposées, les pensées s'en emparent, s'affolent, et les scènes sont reprises, à mesure que le réel dont nous disposons évolue, permettant de les relire différemment. Dans chacun des cas, des perceptions radicalement différentes du passé s'affrontent, le réel n'est plus une notion partagée. Il y a ceux qui préfèrent gommer ses incohérences et tentent de vivre un présent sans s'acharner à dévoiler le passé. Et il y a ceux qui veulent malgré tout s'y référer. Reste, au bout des spéculations, le cœur mis à nu.

Regard du traducteur

La pièce est une interrogation sur le souvenir, et sur la perception. De quelle étoffe sont faits nos souvenirs ? Quelle est la forme dans laquelle se fixe le répertoire de notre vie, dans lequel nous puisons aussi bien nos souvenirs que des images nouvelles que nous forgeons de toutes pièces ?

La langue est rapide et dense, la pièce structurée en trois actes. Un hexagramme du Yi King lui sert de fil conducteur : Le cœur pense constamment. On ne peut pas changer cela. Mais les mouvements du cœur, c'est-à-dire les pensées, doivent se limiter à la situation vitale présente. Toutes les songeries et les spéculations qui vont plus loin ne font que blesser le cœur. Partant de là, Anja Hilling organise sa pièce : acte I, la blessure - acte II, les pensées - acte III, le cœur.

La construction temporelle est complexe, faite d'allers et retours dans un passé récent. Dans un premier temps, elle sert le travail d'enquête auquel le spectateur est convié. Les blessures sont exposées, on essaie de comprendre les pensées qui les ont fait naître. Des fragments du passé sont juxtaposés et l’on acquiert peu à peu les clés pour recoller les morceaux. Puis, cette structure contribue à mettre en crise la notion de temps, à constituer un répertoire d'événements dont la véracité est problématique. Notre point de vue est tout d'abord focalisé par le regard d'Asta, qui cumule les fonctions de personnage et de narratrice, et l'on peut fort bien imaginer que les didascalies qui suivent, dans les scènes dont elle est absente, sont tout aussi subjectives. Celle qu'Hardy appelle « mon ange » offre, derrière son comptoir et sa réserve toute professionnelle, une surface de projection parfaite. Lorsque Elisabeth parvient enfin à ce qu'Asta se déshabille, le tatouage qu'elle a vu réalisé dans son dos a disparu. Dans les trois histoires parallèles, une sorte d'abandon à l'incohérence du monde apporte un semblant de victoire sur la blessure. La structure est volontairement contraire aux canons de la progression dramatique, elle conduit d'un suspense à une suspension, d'une enquête à l'immobilité d'une montagne.