Écriture

  • Pays d'origine : Espagne - Catalogne
  • Titre original : Lleons
  • Date d'écriture : 2008
  • Date de traduction : 2012

La pièce

  • Genre : deuxième volet de la trilogie animale
  • Nombre d'actes et de scènes : 3 parties, et 4 scènes dans la 3ème partie
  • Décors : une blanchisserie et l’arrière boutique où vivent les propriétaires
  • Nombre de personnages :
    • 5 au total
    • 3 homme(s)
    • 2 femme(s)
  • Durée approximative : 1h30 / 2h
  • Création :
    • Période : mars 2009
    • Lieu : Teatre Nacional de Catalunya, Barcelone
  • Domaine : protégé

Édition

  • Edité par : Espaces 34
  • Prix : 15.80 €
  • ISBN : 978-2-84705-114-8
  • Année de parution : 2014
  • 136 pages

Résumé

Un famille simple : la mère, le père, la fille, tient une blanchisserie dans un quartier populaire. Un soir, bien après la fermeture, un jeune homme inconnu pénètre dans la boutique. Il n’est visiblement pas du quartier. Sa chemise est tâchée de sang. Il est entré pour nettoyer sa chemise avant de rentrer chez lui, dans les beaux quartiers, au plus vite. La famille l’accueille, accepte de rallumer les machines pour laver sa chemise. Mais outre l’envie de comprendre la mystérieuse présence du sang sur la chemise, chaque membre de la famille est perturbé par la présence du jeune homme. Serait-ce le petit frère étrangement disparu dix ans auparavant qui revient miraculeusement ? serait-ce le gendre idéal, le copain idéal pour la fille qui vit coincée dans le commerce familial ? depuis la disparition de son frère alors qu’elle en avait la garde, elle est rongée par la culpabilité à tel point qu’elle en a perdu l’usage de ses jambes, comme un auto-châtiment.
L’apparition du jeune homme fait remonter les douleurs de chacun et va les forcer à mettre à plat tous les non-dits qui rongent leurs relations et leurs vies.
Le lendemain matin le jeune homme se réveille sans comprendre ce qui l’a poussé à rester dormir là. La chemise. Oui, la chemise n’était pas sèche la veille au soir. Maintenant la mère veut la repasser. La chemise permet à la famille de garder le jeune homme en otage. Il veut partir, ils veulent qu’il reste. Durant le petit déjeuner, un commissaire, ami de la famille et prétendant de la fille, vient leur rendre visite et annoncer qu’un dealer du quartier est mort égorgé à quelques rues de là durant la nuit précédente. Un meurtre et une chemise tâchée de sang. Tacitement, la famille décide de couvrir le jeune homme en le faisant passer pour le petit copain de la fille. Lui, se défend d’être l’auteur du crime : le sang sur la chemise est celui de son chien qu’il a dû achever après un combat de chiens barbare. Le doute est pourtant bien là.
Enfermés dans l’atelier du père, les trois hommes vont tenter de trouver un arrangement. Le jeune homme se retrouve acculé : soit il joue le jeu des parents et de la fille, soit il va falloir qu’il prouve son innocence au commissaire. De l’avenir du jeune homme dépend l’avenir de chacun d’entre eux. Finalement, il n’aura d’autre choix que de promettre au père de rester auprès de sa fille et de promettre une somme d’argent au commissaire. Pourtant il va s’échapper. Constatant son départ, la fille se lève de son fauteuil roulant et s’échappe à son tour en rampant. Quand elle voit le fauteuil vide, la mère comprend, et sans comme si elle assumait une fatalité, elle va prendre la place de sa fille dans le fauteuil roulant.

Regard du traducteur

Búfals, Lleons et Girafes composent les trois parties de la « trilogie animale » de Pau Miró. Les trois pièces se déroulent dans une unité de lieu : une blanchisserie de quartier. On y retrouve des thèmes qui sont chers à l’auteur : l’enfermement, la difficulté de trouver sa place dans une société à plusieurs vitesses, l’ancrage permanent dans l’époque…
Mais ici l’auteur se concentre particulièrement sur les relations qu’elles soient familiales (dans les liens fraternels, les conflits intergénérationnels, le poids des secrets mal cachés, le couple…) ou humaines. La bestialité y est omniprésente. La bestialité comme animalité de l’homme, comme ce qu’il ne peut pas réprimer malgré tous ses efforts pour rester « normal ». Dans ces trois pièces, les personnages sont mus par quelque chose qui les dépasse.
Dans Lleons, cette sorte d’instinct prend une place prédominante, bien sûr les personnages sont conscients, mais les épreuves, les difficultés de la vie font naître en eux des comportements inattendus. Les réactions aux malheurs, ne sont pas ici simplement psychiques, les personnages ne sont pas tristes ou aigris ou emplis de colère, non, ils se déchirent de l’intérieur, perdent l’usage de leurs jambes, passent leur temps à chanter, boivent, frappent. Ils sont des corps en mouvement, dans le mouvement. Des corps pris dans un jeu dont ils ne connaissent pas forcément les règles. Cette prise en considération physique des personnages renforce la théâtralité du texte. De plus, grâce à son écriture ciselée, Pau Miró fait naître un style et un rythme étonnants qui éloignent directement la situation du drame anecdotique et familial, mais qui surtout parviennent à l’élever vers une forme quasiment tragique : pris dans le tourbillon de leurs émotions les personnages ne maîtrisent plus leurs gestes ni leurs mots. C’est au-dessus d’eux que cela se passe. Ils sont comme des animaux entre les barreaux de cages plus ou moins grandes, à ceci près qu’il leur reste la pensée, l’espoir, le rêve.
Enfin, on retrouve dans Lleons, la force poétique propre à Pau Miró, cette capacité à se détacher du réel. Une fausse légèreté dans les dialogues qui peut faire sourire par moment mais qui ne fait que masquer la brutalité et la violence de ce qui se joue.