L’Arbre à sang

de Angus Cerini

Traduit de l'anglais par Dominique Hollier

Avec le soutien de la MAV

Écriture

  • Pays d'origine : Australie
  • Titre original : The Bleeding Tree
  • Date d'écriture : 2014
  • Date de traduction : 2021

La pièce

  • Nombre d'actes et de scènes : 8 scènes
  • Nombre de personnages :
    • 3 au total
    • 3 femme(s)
  • Durée approximative : 80 mn
  • Création :
    • Période : août 2015
    • Lieu : Griffin Theatre, Sydney
  • Domaine : protégé - Aurora Artists (auroraartists.com)

Édition

Cette traduction n'est pas éditée mais vous pouvez la commander à la MAV

Résumé

« Avec une balle dans le cou ta tête de crétin a l’air bien mieux qu’avant. » Ainsi débute le conte. Dans une ferme isolée d’une région retirée d’Australie - mais ce pourrait être dans les Vosges ou dans le Nevada - trois femmes, la mère et ses deux filles, viennent de mettre fin à leur calvaire en tuant leur mari et père. Ce trou qu’a laissé la balle dans le cou du bonhomme deviendra le centre d’une fascination horrifiée tout au long de la pièce. Confrontées au problème de ce corps encombrant qu’il faudra bien faire disparaître, elles connaîtront satisfaction, exaltation, puis sidération, culpabilité, peur et enfin libération. Elles reçoivent tour à tour la visite d’un ami du père, d’une voisine, et du facteur/flic local. Chaque fois on frémit avec elles, que leur crime soit découvert, mais chaque visiteur fait plus ou moins mine de l’ignorer, tout en leur donnant les conseils et l’aide nécessaires pour se débarrasser du cadavre, lequel sera d’abord pendu dans un arbre au soleil, à disposition des mouches, rats, corbeaux, puis descendu dans la cour à engraisser les poules, avant d’être achevé par le chien du facteur, pour finir bouilli en engrais pour le jardin. Et si personne ne fait rien pour les accuser du meurtre, si tout le monde ferme les yeux sur le crime, si chacun y va de son commentaire déplaisant sur le mort, c’est que nul n’ignorait ce qu’il faisait subir à sa famille de violences physiques et sexuelles - tout le monde savait, personne n’a rien dit, personne n’a rien fait.

Les trois femmes prennent en charge le récit de ce conte noir - et drôle malgré l’horreur - jouant les narratrices, leur propre rôle, ou les autres personnages selon les besoins de la situation.

Regard du traducteur

Cerini nous livre une fable noire, un regard sans pitié sur le laissez-faire des violences domestiques, un conte qui renoue avec le mythe, dans
une langue extrêmement rythmée, langue brutale, rurale, hachée, concise, puissante, parfois malmenée, une sorte de « poésie rurale », des rimes, des allitérations, des assonances, quelque chose qui parfois confine au slam, mais pour s’en éloigner aussitôt, un souffle, des images… On suit à la fois le cheminement intérieur des trois femmes et le défi on ne peut plus concret de « que faire du corps ». On est tour à tour horrifié par la violence de leur discours et bien content du sort réservé à leur tourmenteur, comme s’il y avait là un juste retour des choses ; comme le leur dit la voisine, « La terre a une drôle de façon de reprendre ses ratés ».

L’auteur a choisi une forme qui ne soit possible à restituer qu’au théâtre, afin d’empêcher tout traitement naturaliste ou trop réaliste, il a voulu une écriture qui ne soit en rien comparable à une série télé ou à un film, d’où cette parole partagée entre les trois femmes, ce récit qui n’est pas seulement récit mais où chacune livre parfois son ressenti, parfois le discours direct des autres personnages ou le leur, avec une économie de mots stupéfiante ; on a parfois l’impression d’une ballade meurtrière, bien que rien ne bouge, que tout se passe dans une cour de ferme - bref, une œuvre complexe qui a présenté d’innombrables défis de traduction tout à fait passionnants.