Écriture

  • Pays d'origine : Israël
  • Titre original : Hebron
  • Date d'écriture : 2007
  • Date de traduction : 2008

La pièce

  • Genre : Tragédie
  • Nombre d'actes et de scènes : Trois actes / un prologue – 23 scènes
  • Décors : Divers lieux de la ville de Hébron
  • Nombre de personnages :
    • 15 au total
    • 9 homme(s)
    • 6 femme(s)
  • Durée approximative : 3 heures
  • Création :
    • Période : Juin 2007
    • Lieu : Théâtre Habima à Tel-Aviv
  • Domaine : Protégé

Édition

  • Edité par : Editions Théâtrales
  • Prix : 14.00 €
  • ISBN : 978-2-84260-324-3
  • Année de parution : 2009
  • 112 pages

Résumé

Dans la ville de Hébron sous occupation israélienne, deux familles s’affrontent dans la violence : celle du gouverneur (israélien) de la ville et celle de l’ancien maire (palestinien). Dans chaque famille un deuil : un enfant assassiné par le fils de l’autre famille... pendant qu’à un point de passage paumé, un soldat paumé ne comprend plus ce qu’il fait là mais ne laisse pas passer un entrepreneur palestinien malin qui a trouvé le bon filon pour profiter de la situation : revendre aux Israéliens de Jérusalem les pierres « authentiques » récupérées des maisons palestiniennes détruites par l’armée.

Dans chacune des familles une même révolte qui conduit à un même refus – aucune des deux mères n’accepte d’enterrer son enfant. A l’instar des deux femmes, c’est ensuite toute la population palestinienne qui refuse d’enterrer ses morts. Dans les rues jonchées de cadavres, les rats et les maladies prolifèrent mais il est trop tard pour faire machine arrière : Terre nourricière, pour qui l’on s’est battu, refuse d’accueillir les morts qu’on se décide enfin à enterrer. Vision apocalyptique d’un conflit qui n’en finit pas

Regard du traducteur

Ce qui pourrait apparaître au premier abord comme un parallélisme simpliste arrive, grâce à la qualité de l’écriture, à éviter le cliché.

En effet, le Hébron de Tamir Greenberg  n’est peuplé ni de méchants, ni de bons, mais d’êtres humains qui essaient de vivre l’invivable et de justifier une situation impossible. L’intrigue progresse en soulevant des questions à l’intérieur de chacun des deux camps : du côté israélien, comment surmonter l’injustice en essayant de faire respecter un semblant de loi et d’ordre, comment être un État dominant sans fouler aux pieds les droits fondamentaux de tout un chacun ? Du côté palestinien, comment vivre sous une occupation qui empêche de croire en l’avenir sans cependant justifier la terreur du désespéré ? Comment accepter de protéger des combattants qui ont commis le pire ? Comment, là aussi, essayer de préserver une morale dans une société qui manque de tout et devient le terreau privilégié aux pires dérives...

Tamir Greenberg tisse là une réelle tragédie contemporaine, qui reprend les archétypes de la tragédie antique dans le choix et la construction des personnages ainsi que dans cette sensation d’une catastrophe en marche que rien ne pourra arrêter. C’est cependant bien la main de l’homme, dans le silence criant de Dieu, qui mène jusqu’à l’horreur... d’où, peut-être, sortira une faible lueur d’espoir, à peine esquissée.

Poète, Greenberg a su trouver un langage théâtral personnel, élaboré sur différents registres, qui passe d’un lyrisme douloureux à un humour sec et cruel. L’incarnation des « éléments naturels » et leur implication directe dans l’intrigue créent une distance nécessaire à un traitement non réaliste des problèmes soulevés. Cette mécanique permet de sublimer l’affrontement qui, même s’il garde tout le temps son côté humain et existentiel, est ainsi placé dans la perspective de l’homme face à Dieu et face aux forces de la nature.

Enfin, ces situations extrêmes mettent à nu, loin d’un politiquement correct qui ferait plaisir à un camp ou à un autre, les contradictions des protagonistes.

Il est extrêmement périlleux de traiter ainsi de plein fouet le problème israélo-palestinien et les rares textes que j’ai lus là-dessus étaient décevants. Dans cette région du monde, le conflit est tellement présent et prégnant que la majorité des auteurs de théâtre préfèrent ne pas y toucher : quand le drame est à ce point terrible dans la vie quotidienne, que reste-t-il pour la scène ?

L’entreprise de Tamir Greenberg est donc à saluer. D’autant plus que la qualité artistique est au rendez-vous