Quatre gardes se trouvent devant un très haut mur. Ils se tiennent droit et ont fière allure. Ils attendent et veillent. Tout dans leur petit monde semble à sa place, eux quatre compris. Un événement inattendu vient bouleverser leur vie bien rangée. Toutes leurs certitudes sont soudain remises en question. Leurs manœuvres s’enlisent, l’harmonie se transforme en cacophonie et leurs routines familières deviennent des exploits héroïques. Pour la première fois, une question se pose : qu’y a-t-il derrière le mur ? Et quel est cet étrange point à l’horizon ? La pièce parcourt les thèmes de la responsabilité de l’individu au sein d’un système totalitaire, de la discipline aveugle qui contredit la liberté d’aller et la liberté de penser, la désignation d’un bouc émissaire déclaré coupable de l’échec collectif, le désarroi face au manque et à la disparition.
Du tac au tac et du coq à l’âne. Le principe d’enchaînement des répliques incisives, neutres et déclaratives qui composent la pièce se laisse aisément décrire en ces quelques mots. Les répétitions en pagaille d’une mécanique déréglée font glisser le propos dans un absurde où les situations dramatiques, comme bloquées, peinent à trouver un dénouement. En attendant, jouons les héros ! évoque un patchwork de sketchs beckettiens à l’adresse des enfants. Et quand la langue se met à bégayer, la traduction doit trouver les bons subterfuges pour rendre les mêmes effets dans la langue cible.
La traduction de ce texte qui n’obéit pas aux cadres conventionnels de la narration impose que l’on fasse appel à l’imagination. S’y succèdent autant de saynètes qui trouvent leur accomplissement dans une pirouette des répliques, bien plus que dans la progression d’un semblant d’action. Le texte pose constamment la question du « on » et du « nous », de l’hésitation entre différents modes d’expression du temps, temps révolu ou temps en train de s’écouler. Reste la transposition de tournures impersonnelles et passives qui traduisent l’abandon du libre arbitre à une autorité abstraite et à des règlements venus de nulle part. Car les ordres, ici, ne sont pas formulés à l’impératif, ils dressent le bilan d’une réalité qui échappe à la fois aux protagonistes sur scène et au public, constats formulés au présent de l’indicatif et au passé composé, comme pour mieux faire comprendre qu’on ne pourra rien y changer.