Écriture

  • Pays d'origine : Roumanie
  • Titre original : Copii răi
  • Date d'écriture : 2011
  • Date de traduction : 2014

La pièce

  • Genre : Théâtre pour adolescents
  • Nombre d'actes et de scènes : 11 scènes
  • Décors : non précisé
  • Nombre de personnages :
    • 1 au total
    • 1 femme(s)
  • Durée approximative : 1h
  • Création :
    • Période : mai 2011
    • Lieu : Théâtre Luni-Green Hours de Bucarest
  • Domaine : protégé

Édition

Résumé

Mihaela Michailov s’est inspirée d’une histoire vraie, celle d’une enseignante qui a ligoté une élève dans sa salle de classe, les mains derrière le dos, et dont les petits camarades ont suivi l’exemple en la ligotant à leur tour. La jeune fille a été retrouvée attachée dans les toilettes de l’école après avoir été sauvagement mutilée.
C’est ici l’histoire d’une petite fille rêveuse et ascolaire qui crée de petits animaux avec des élastiques et qui se retrouve punie par son professeur durant une leçon sur la démocratie. Elle est ensuite montrée en exemple pendant la récréation, puis torturée par ses camarades de classe.
Kaléidoscope du système éducatif, ce monologue, à l’humour mordant, enchevêtre les voix du parent, du bon élève, du mauvais élève, du professeur.

Au fond, c’est quoi : être un-e sale gosse ? Ne pas se soumettre aux règles qu’imposent les adultes, ne pas finir son assiette, refuser d’être un-e enfant dressé-e, désobéir, avoir de la personnalité ? Autant de questions qui font de ce texte un manifeste majeur pour tou-te-s les adolescent-e-s.

Regard du traducteur

En Roumanie, Mihaela Michailov est une pionnière dans la création d’un théâtre destiné au public jeune. Le théâtre jeune public se résumant souvent à des textes mièvres. Sales Gosses est une pépite. Ce texte est remarquable à de multiples égards : actualité du sujet, richesse d’interprétation, qualité du travail sur la langue, humour.

Sales Gosses traite de la violence à l’école et de la médiatisation perverse qui en est faite sur Internet via YouTube ou les réseaux sociaux, tout en dressant un portrait abrasif de l’école comme fabrique du devenir-adulte, du devenir-productif, du devenir-leader. L’auteure montre comment l’école met un point d’honneur à faire régner une discipline absurde, en encourageant la concurrence, en punissant impunément. En passe de s’apparenter au service militaire, l’école transforme les enfants en patrons, chefs et sous-chefs, avant de les laisser être des enfants.
Le texte questionne donc ce système éducatif dans lequel les enfants grandissent, leur enseignant par qui et par quoi ils doivent être représentés et ce qu’ils doivent être, seul à pouvoir livrer « la vraie Histoire » et à enseigner quels sont « les véritables héros ».
L’auteure aborde frontalement la violence infligée aux enfants, physique et psychologique, tout en montrant les vices de la relation enfant-parent-enseignant.
Et voilà qu’une punition donnée par le professeur, qui a toujours raison, forcément raison, se transforme en comportement de masse.

La pièce convoque une multitude de voix : la voix du narrateur qui problématise la condition de toute une génération d’élèves, la voix de la petite fille, la voix du professeur, les voix de ses camarades de classe ; en somme un beau challenge pour une comédienne. C’est aussi, pour le public français, une écriture forte, dont on ne peut sortir indemne.
Une fois de plus Mihaela Michailov nous étonne par l’inventivité de la forme. Chaque nouvelle pièce impose et explore une nouvelle forme : théâtre documentaire, théâtre des voix, théâtre narratif, etc. Depuis 2002, elle a écrit plus d’une dizaine de pièces de théâtre, dont quatre en direction des adolescents.
Elle nous a fait parvenir un petit texte pour nous expliquer sa nécessité de consacrer une part de son écriture au théâtre pour la jeunesse :

« Le théâtre pour jeune public possède un potentiel énorme de solidarisation sociale. En se regardant agir à travers leur théâtre, les enfants et les adolescents peuvent développer une réflexion commune et appréhender les nombreuses questions que soulève le maillage complexe de leur quotidien. Le théâtre jeune public est un théâtre qui nous fait grandir ensemble. En lui permettant d’assister à la représentation de ses propres histoires, il offre à la jeunesse la possibilité de prendre conscience de la nécessité de changer la société à laquelle elle appartient. Les enfants et les adolescents ont toujours occupé une place majeure dans mon travail d’écriture dramatique. Leur présence constante provient de la nécessité de faire entendre leurs voix. De la nécessité de faire preuve d'empathie lucide à l’égard de leurs problèmes non-dits et de l’aura symbolique qu’ils sous-tendent.
Dans Complexul România (Le Complexe Roumanie), un élève-pionnier fier de sa patrie devient un petit capitaliste qui cherche, aboulique, sa place. Dans Interzis sub 18 ani (Interdit aux moins de 18 ans), deux adolescentes sont en lutte avec le passage à l’âge adulte, qui les transforme du jour au lendemain en filles-femmes. Dans Familia Offline (La Famille Offline), les enfants endossent le rôle de leurs parents partis à l'étranger. Dans Mi-e frică (J’ai peur), une petite fille refuse de naître, en vieillissant, de jour en jour, dans le ventre de sa mère. Dans Cum traversează Barbie criza mondială (Comment Barbie traverse la crise mondiale), les enfants deviennent les produits cosmétiques du consumérisme qui embrasse perversement le doux visage des nourrissons auxquels on a mis de la crème antivieillissement. Dans Sub Pământ (Sous Terre), théâtre documentaire abordant la situation des mineurs et le capitalisme sauvage des 20 dernières années, les enfants dessinent la carte d'un avenir étouffé par les échecs du présent.
J’ai conçu Copii răi (Sales Gosses) comme un texte-manifeste contre le système éducatif qui esclavagise les esprits et transforme les réactions spontanées en preuves d'obéissance consolidées par la peur. J'ai écrit Sales Gosses car je ne cesse de remarquer autour de moi des voix d’enfants que l’on n’entend pas, que l’on n’autorise pas à exister, que l’on n’encourage pas à dire ce qu'elles ont à dire. Aux enfants réduits au silence, aux enfants pour qui l'école est une guerre continue, perdue d’avance parce qu’ils n’ont pas le pouvoir des professeurs-adversaires, aux enfants qui sentent qu’ils ne servent à rien – ce texte leur est dédié.
En Roumanie, le théâtre jeune public est presque inexistant, réduit à des histoires de héros et de dragons, un théâtre qui ne représente pas ceux à qui il s'adresse. Le théâtre pour le jeune public n'est pas le théâtre du public jeune. C’est pourquoi, il m’a semblé important d'écrire un texte sur les enfants d'aujourd'hui et les problèmes auxquels ils sont confrontés. Je crois en un théâtre politique pour le jeune public, un théâtre qui transforme les esprits des adolescents et le territoire sensible des émotions en moteurs d'intervention sociale. Je crois en un théâtre qui représente les problèmes aigus auxquels les jeunes d’aujourd’hui sont confrontés, un théâtre de réflexion et d'action, dans lequel des communautés d'idées se créent. Je crois en un théâtre qui n’endort pas la conscience des enfants et des adolescents avec le mirage hypnotisant du féerique. Je crois en un théâtre qui descend dans le monde des jeunes pour le représenter dans toute sa complexité. (Mihaela Michailov) ».