Quand je fais comme moi, c’est nul

de Viorel Cojanu

Traduit du roumain par Cristian Liviu

Écriture

  • Pays d'origine : Roumanie
  • Titre original : Knd fak k mine, e nashpa
  • Date d'écriture : 2008
  • Date de traduction : 2009

La pièce

  • Genre : comédie - drame
  • Nombre d'actes et de scènes : 18 tableaux
  • Décors : Arrêt de bus, intérieur urbain, toilettes d'un lycée, toit d'un immeuble.
  • Nombre de personnages :
    • 7 au total
    • 5 homme(s)
    • 2 femme(s)
  • Durée approximative : 1h
  • Domaine : protégé : viocojanu@yahoo.com

Édition

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Résumé

Ce texte met en scène – en dix-huit tableaux - des adolescents entre 16 et 18 ans aux prises avec la découverte de l’amour. Chacun d’entre eux se met en quête de ce qu’il pense être le partenaire idéal, dans une constellation hétérosexuelle ou homosexuelle. Chaque histoire semble indépendante des autres, et pourtant, à de brefs moments décisifs, les trajectoires se recoupent.

Il y a d’abord Diana et Vladi, un couple « vieux » de quelques mois, qui ne trouve un peu d’intimité que dans des lieux extérieurs… Alors qu’ils sont en train de passer un moment assez intense dans un abri-bus, ils en viennent à parler de Miruna, la jolie copine de classe de Vladi – celle avec qui tous les garçons rêvent de sortir. Or elle vient de larguer son petit ami… Diana, jalouse, est sur ses gardes.

Il y a Cristi et Emi, deux jeunes garçons qui entament une relation après que Cristi, en quête avide d’un partenaire, demande, au hasard dans la rue, s’il pue ou non le « parfum de femme ».

Il y a Mateiu et Mirela, dont le couple se forme au retour d’un spectacle, à un arrêt de bus (encore un…). Il pleut ; Mateiu offre à Mirela de l’abriter sous son parapluie. Il la baratine assez maladroitement en lui assurant qu’il va porter plainte contre la mairie pour « discrimination culturelle » : plus aucun bus ne circule dans la ville à la fin des spectacles…

Iţa est le seul à ne pas « y arriver ». Quand il était petit, sa mère est partie « suivre un imbécile », le laissant seul et sans perspectives. Dans la relation qu’il entame, il ne découvre que l`absence de l`amour. Il est le seul de ces jeunes gens à réfléchir à ce paradoxe et à en tirer des conséquences. Alors que les autres sont « heureux », lui cultive sa tristesse.

S’en suivent toute une série de problèmes de communication : Mateiu et Mirela ne parviennent pas à s’entendre. Ils cessent de se voir.

Vladi insiste pour coucher avec Diana, mais celle-ci ne se sent pas encore prête…

Emi accuse Cristi de sortir avec lui simplement pour combler le vide laissé par Dan, son ex-petit copain. Les deux garçons se séparent.

Iţa, toujours seul, cherche à sa façon – violente - une relation.

Dans une conversation en parallèle, sur Internet, entre Vladi et un de ses amis d’une part, Diana et une de ses amies d’autre part, puis entre Vladi et Diana eux-mêmes, on apprend que Vladi a eu très envie de Miruna, mais qu’il n’a pas voulu passer à l’acte. Le couple ne s’en sépare pas moins définitivement… sur Internet.

Au cours d’une altercation entre Vladi et Diana, Iţa intervient et gagne l`attention de Diana. Ils se mettent à sortir ensemble. Iţa se force à revenir au lycée, lui qui avait laissé tomber ses études. Il est heureux maintenant avec Diana… Diana aime encore Vladi, mais Iţa reste optimiste.

Au cours d’une fête, Vladi et Mirela se rencontrent sur un toit, et décident de se suicider, après avoir fait le constat suivant, au cours de leur conversation :

1. Ils sont seuls.

2. C’est insupportable.

Regard du traducteur

Echo contemporain à la Maladie de la jeunesse de Wedekind, la pièce de Viorel Cojanu, tout jeune lauréat du concours Dramacum en Roumanie, a la fragilité et la fulgurance d’une première oeuvre. Elle explore de façon sensible et émouvante ce moment si complexe de la découverte de l’amour par des adolescents, à une époque où le sexe et la virtualité font lois, et dans une société complètement « ouverte », peut-être trop ouverte, et qui peine à trouver ses valeurs et ses codes. Tous ces adolescents font, pour la première fois, l’expérience de l’altérité et, comme toutes les premières fois, ils ont tendance à projeter sur l’autre toute la gamme de leur imaginaire, de leurs attentes. Et bien sûr, l’écart entre cette projection et la réalité de leur partenaire fonde l’expérience de la désillusion. Ce que tente la pièce alors, et dans un langage proche de celui des jeunes gens dont il est question – l’auteur n’a que quelques années de plus qu’eux – c’est d’observer la manière dont chacun réagit à cette situation. La réaction la plus radicale, celle du suicide de Vladi et de Mirela, est rendue crédible par une humanisation extrême, et très fine, (au niveau de la langue, des répliques) des deux personnages, sans psychologisme aucun. Si certains personnages ont une dimension archétypale, il en est un, central, plus complexe, plus « dialectique » ; c’est celui d’Iţa. Il commence par être contre tout, d’une intolérance extrême (pour se prouver à lui-même sa « virilité », il n’hésite pas à s’en prendre violemment à Cristi du fait de son homosexualité), et pourtant, il est le seul qui saura tirer des leçons de ses actes, à être dans un état « d’ouverture », ce qui lui permettra d’avancer.

La construction de la pièce est intéressante. La plupart des scènes sont des duos, mais à l’intérieur de chacune d’entre elle, la proximité des autres histoires est palpable, si bien que la pièce rebondit efficacement aux moments où les différentes situations s’entrecroisent, faisant avancer l’intrigue. 

Viorel Cojanu construit un tissu de sentiments, donnant à chacun de ses personnages un caractère différent, qu’il met à l’épreuve des autres, et des expériences que chacun doit affronter. Proche de ses personnages, il élabore une langue très épurée, calquée sur les à-coups successifs des diverses prises de conscience dont sa pièce fait état.