Écriture

  • Pays d'origine : Argentine
  • Titre original : La Malasangre
  • Date de traduction : 1992

La pièce

  • Nombre d'actes et de scènes : 8 scènes
  • Nombre de personnages :
    • 6 au total
    • 4 homme(s)
    • 2 femme(s)
  • Création :
    • Période : 1983
    • Lieu : Buenos Aires
  • Domaine : protégé

Édition

Cette traduction n'est pas éditée mais vous pouvez la commander à la MAV

Résumé

Vers 1840, dans un salon aux murs grenats tour à tour s'affrontent, s'opposent, se soumettent les membres d'une famille aisée - le père, la mère, la fille - et leur domestique. L'arrivée d'un professeur jeune, beau et bossu - choisi par le père pour sa fille - va exacerber les rapports de bourreaux à victimes, les jeux de cruautés et de délégations de cruautés. Mais cette pièce, dense, n'est pas que violence et passivité consentie. S'apparentant au théâtre "grotesco" de Armando Discépolo elle allie, en les mêlant subtilement le tragique au comique, à l'humour, la tendresse.

Regard du traducteur

Dès la première lecture, j'ai été séduite par la force, la violence, et aussi la vitalité de la pièce. Les comportements, les attitudes, les sentiments sont présentés sous une forme pure, sans fioritures. Il n'y a ni pudeur, ni retenue. Les personnages osent agir et parler d'une manière directe, faisant fi de toute pudeur ou "bienséance". Ils passent brutalement de la pulsion au geste (gestes obscènes, méprisants des hommes envers les femmes) et de la pensée au mot. La cruauté est apparemment naïve, le jeu simultanément tendre/dur, les ruptures de ton et de sentiment rapides. Ce que dit le personnage du père, par exemple, et la façon dont il le dit sont anti- thétiques. Il savoure, se délecte. Les phrases sont courtes ; les mots, les sons frappent, maintiennent le lecteur/spectateur en éveil, le touchent, le bousculent mais ne le détruisent pas. Mais la densité, la concentration sont "dramatiques", c'est-à-dire qu'elles ne concernent pas le mot seul mais sont toujours accompagnées de l'action. Les passions sont déchaînées et sèches, dures. Les mots aussi le sont. J'ai surtout parlé du style - vigoureux, percutant, mordant - car l'écriture de Griselda Gambarro est riche et d'une grande originalité : mais elle n'est pas gratuite. Elle "colle" au propos, et "sert" l'argument. Le parcours de Dolorès (de quiconque ?) vers sa liberté "arrachée", sa prise de conscience est dur, violent. J'ai aimé cette alliance d'effort, de volonté d'humour aigre-doux, les personnages conduits jusqu'à leurs extrêmes, leurs limites dramatiques. Cette œuvre finalement "morale", dans le sens le plus noble du terme, est sans concessions.