Écriture

  • Pays d'origine : Allemagne
  • Titre original : Der große Marsch
  • Date d'écriture : 2010
  • Date de traduction : 2018

La pièce

  • Genre : théâtre contemporain
  • Nombre d'actes et de scènes : 3 actes ou parties précédé(e)s d’un prologue
  • Décors : II. Venez et mangez. La scène est séparée du public par une palissade de jardin en bois à hauteur de hanches. Cette séparation est toutefois symbolique, car la palissade ne fait que trois mètres de long, elle ne couvre qu’une petite partie du bord de scène depuis le côté jardin. Au milieu de la scène, côté cour, un buffet : une table de quatre mètres de long couverte d’une nappe blanche. La table est face au public, posée à la verticale. Au centre du buffet, un grand plateau rempli de boulettes disposées en pyramide. À côté de la pyramide de boulettes sont présentés différents plats… III. La critique de la raison pure de Lotz. La salle est vide, le public a quitté le théâtre. Quatre escalators montants (dans le sens contraire des aiguilles d’une montre) ont été disposés sur la scène – dans un plan rectangulaire. Bien qu’ils montent tous les quatre, ils sont raccordés l’un à l’autre – comme dans les dessins de M.C. Escher –, de façon à former un carré fermé.
  • Nombre de personnages :
    • 15 au total
    • 13 homme(s)
    • 2 femme(s)
    • 1 enfant, 1 groupe de vrais bénéficiaires des minimas sociaux, 21 enfants mongoliens, 50 femmes de grande beauté.
  • Durée approximative : 90 mn
  • Création :
    • Période : 20 mai 2011
    • Lieu : Ruhrfestspiele Recklinghausen
  • Domaine : protégé / L'Arche

Édition

Cette traduction n'est pas éditée mais vous pouvez la commander à la MAV

Résumé

La Grande Marche de Wolfram Lotz, auteur dramatique né à Hambourg en 1981, est une déclinaison en trois grandes parties du théâtre que Lotz appelle de ses vœux dans l’appendice intitulé « Discours sur le théâtre impossible ». Présentée d’emblée comme une critique de l’économie de la culture, l’écriture dramatique de Lotz travestit le discours politique et le discours de la théorie dramatique sous le vernis de l’ironie et du grotesque. Les rôles sont clairement distribués : une comédienne, l’auteur en personne, le président du Conseil d’administration de la Deutsche Bank, Hamlet, le président du Syndicat des employeurs, « deux comédiens laids de sexe masculin », un gros comédien, Patrick S. de Zwenkau près de Leipzig, le metteur en scène, un serpent géant qui caricature à lui seul toute une tradition de l’allégorie théâtrale et du théâtre politique engagé, « vingt-et-un enfants mongoliens » qui dévastent le théâtre et en chassent le public, la mère de l’auteur, Lewis Thornton Paine, Bakounine, et toujours en dialogue avec la comédienne, la figure mythologique de Prométhée, accompagnée de sa cinquantaine de Néréides, sans oublier la voix d’un ordinateur. Les indications scéniques, souvent absurdes (le buffet de salades de pâtes décrit avec une méticulosité confinant à l’abstraction, les escalators disposés bout à bout « comme sur les dessins de M. C. Escher »), et les nombreuses intentions introduites dans les descriptions jusqu’à les rendre consubstantielles au propos dramatique, ajoutent à la richesse du texte et à ses nombreuses implications. Discours théorique, donc, citations implicites, récitations de slogans et répétitions rythmées se font place tour à tour.

La 1ère partie, « Sur la Fraction armée rouge ou quelque chose d’autre », tourne en dérision l’impératif de la critique politique au théâtre.

La 2e partie, « Venez et mangez », prend le contre-pied de l’obligation imposée par le théâtre actuel d’afficher sa fibre sociale.

La 3e partie, « La Critique de la raison pure de Lotz », parodie les grands thèmes philosophiques et notamment celui de la fatalité de la mort.

Ode vibrante à la négativité dans le traitement de la réalité au théâtre, appel à la restauration des droits de la fiction, seule véritable garante d’une vérité à la hauteur des espérances de la jeune création dramatique, l’appendice apparaît tel un prolongement de la lecture d’un billet illisible, griffonné par l’auteur et remis à sa mère à la toute fin de sa pièce, mot énigmatique commenté par l’une des protagonistes : « Tout ça, c’était pour rien ? »

Regard du traducteur

Le titre de la pièce semble évoquer tout à la fois Mao Zedong et le passé militaire de l’Allemagne. Il est développé en un programme esthétique projeté à l’entrée de la salle sous forme de slogans : les gens de théâtre s’y voient qualifiés de « têtes de cons » et invités à garder « un hérisson au frais » pour toute occasion. La pièce est dédiée à Felix Leu, improbable poète tétraplégique de la partie III de la pièce. La pièce à proprement parler s’articule en trois parties consistant en une conversation ininterrompue entre une comédienne jouant les présentatrices d’un show télévisé (ou d’une table ronde sur le théâtre contemporain) et une galerie complète de personnages célèbres et moins célèbres (qui peuvent être des personnes réelles, la confusion étant soigneusement entretenue). Le projet de traduire La Grande Marche (Prix du public et commande du Berliner Stückemarkt, 2010) répondait pour nous à la recherche d’une dramaturgie se servant de l’écriture théâtrale comme d’un instrument résolument critique. Cette écriture se devait aussi de ménager un large espace de liberté aux acteurs et metteurs en scène, mais aussi un terrain de difficultés sur lequel le traducteur, comme – espérons-le – son futur lecteur, aurait plaisir à s’aventurer.

En portant notre choix sur cette pièce d’un auteur de la jeune génération (Wolfram Lotz est né en 1981), prolifique et apprécié des scènes allemandes, nous envisagions la possibilité de traduire et faire connaître en français un théâtre porteur d’un potentiel subversif, une écriture dramatique dirigée contre l’institution théâtrale, ses codes, ses manies et ses certitudes. Si l’auteur se garde bien de s’avancer quant à la faisabilité technique de son projet dramatique, les rôles sont clairement distribués dans la pièce. Fruit d’une incarnation du mot dans l’instant (l’auteur ne se voit-il pas reproché par sa propre comédienne, dans La Grande Marche, de donner des manuscrits tapés à la machine à écrire ?), le mot dans le théâtre de Wolfram Lotz se heurte à la résistance du corps, en particulier celui du comédien, dans un chassé-croisé perpétuel entre la réalité et la fiction, entre l’en-soi et le pour-soi du mot et son rapport au sensible et au corps : la langue de Lotz produit un bégaiement salutaire, de ceux qui laissent entrevoir un possible futur du théâtre, une fin de non-recevoir adressée à toutes les apories esthétiques. Il s’agissait dans le travail de traduction de s’efforcer de transposer la spontanéité d’une langue se voulant simple et orale sans être relâchée, rendre en français la charge explosive de son objectivité feinte, la mécanique d’un humour aux ressorts d’une simplicité trompeuse.