Écriture

  • Pays d'origine : Suisse
  • Titre original : Frau im Wald
  • Date d'écriture : 2018
  • Date de traduction : 2020

La pièce

  • Nombre d'actes et de scènes : pas de séparation en actes ou scènes
  • Décors : espace unique
  • Nombre de personnages :
    • 5 au total
    • 5 femme(s)
    • 5 à 10 femmes. Ou plus. Beaucoup. Mais 5, c'est le strict minimum. En tout cas un groupe à peu près représentatif de femmes
  • Durée approximative : 90 mn
  • Création :
    • Période : 2018
    • Lieu : Theater Marie (Suisse)
  • Domaine : protégé, pièce représentée par L'Arche éditeur

Édition

Cette traduction n'est pas éditée mais vous pouvez la commander à la MAV

Résumé

En fait, c'était un jour comme tous les autres. Sauf que la femme constate ce matin que le lapin a disparu, et qu'elle ne trouve plus le bip de sa voiture. Et il ne faut pas non plus qu'elle oublie d'appeler le dentiste, d'être là quand le mec pour le chauffage viendra réparer ledit chauffage, de rendre visite à un·e parent·e à l’Ehpad et d'acheter les croissants. Mais tout se détraque ce jour-là. Bien vite, la ville est envahie par des centaines de femmes qui bloquent la circulation et se battent en voulant acheter des croissants. De retour chez elle, elle constate que sa maison est cernée par des femmes, que le lapin a été rôti et mangé et qu'il y a une femme dans le lit. Elle s'enfuit dans la forêt, mais bien vite, elle voit que toutes les femmes sont de nouveau là. Dans une course-poursuite panique, la femme fuit en voiture et écrase une poursuivante.

Puis changement radical de ton et d'ambiance : une seule femme raconte un jour ordinaire et solitaire, entre café du matin, routine et travail. Le chœur des femmes, la folle journée avec la violence extériorisée, la forêt – tout cela n'était donc qu'un rêve, de l'imagination débridée ? Mais la pièce se termine sur un rêve collectif, un empuissancement de la femme, des femmes, toutes les femmes, qui envahissent le monde dans un mouvement collectif bourdonnant et puissant.

Regard du traducteur

C'est une pièce chorale – partition parlée – pour au moins cinq, mais si possible dix ou même beaucoup plus de femmes. Les identités et réalités sont interchangeables – une femme est toutes les femmes. Elle se parle à elle-même, elles se parlent entre elles, s'engueulent, s'encouragent et discutent, elles observent la femme de l'extérieur, comme une expérience in vivo. L'autrice crée volontairement – et de manière militante – des rôles pour des comédiennes ; ce qui est encore suffisamment rare pour être souligné. Mais ce n'est pas une pièce « militante » ou à thème, où l'intention politique empêche la forme artistique de se déployer. Et malgré l'importance de la forme (répliques courtes à très courtes, à distribuer parmi les comédiennes, puis deux blocs de parole dense), il y a une histoire – onirique, à cheval entre le rêve (ou plutôt le cauchemar) et la réalité – qui se raconte et avance inexorablement, toujours avec ironie et humour. La narration avance comme par spirales, dans cette écriture, très travaillée et parfaitement maîtrisée, s'entrelacent des motifs banals divers (la disparition du lapin, le bip de la voiture égaré, des croissants à acheter, les « to-do »-listes, la météo, la rage de dents et le réparateur de chaudière) qui, peu à peu, prennent des proportions énormes, menaçantes. La fiction dérape – on ne sait jamais vraiment ce qui s'est réellement passé, quelle est la part du rêve ou de la réalité, les différents niveaux, temporels, de point de vue, d'identité, s'imbriquent – mais la construction de la pièce tient bon, aucun des leitmotivs n'est perdu en route. Ce qui a commencé comme un plan rapproché sur une femme dans son intérieur s'ouvre en gros plan sur la ville, puis la forêt et finalement le monde, sur une possible révolte pacifique, avec cette image d'empuissancement des femmes, toutes les femmes : « Et partout où nous passons, encore des femmes, des femmes bourdonnantes. Toutes, elles nous rejoignent. Un grand fleuve. Toutes nous rejoignent. »