Et le monde resplendit

de Angus Cerini

Traduit de l'anglais par Dominique Hollier

Avec le soutien de la MAV

Écriture

  • Pays d'origine : Australie
  • Titre original : Into the Shimmering World
  • Date d'écriture : 2024
  • Date de traduction : 2026

La pièce

  • Nombre d'actes et de scènes : 39 tableaux
  • Nombre de personnages :
    • 8 au total
    • 5 homme(s)
    • 3 femme(s)
    • pièce jouée par 5 acteurs (2 femmes, 3 hommes)
  • Durée approximative : 100 mn
  • Domaine : Protégé - Justine Gross

Édition

Cette traduction n'est pas éditée mais vous pouvez la commander à la MAV

Résumé

Dans leur ferme, Ray et Floss, couple de fermiers vieillissants, attendent la pluie après la pire sècheresse qu’ils aient connue. La pluie arrive, ils sont soulagés, l’année sera sauvée, et peut-être que leur fils continuera l’exploitation à laquelle Ray a consacré sa vie, épaulé par sa femme. Mais la pluie qui s’abat est torrentielle, tout le fourrage est perdu, les vaches se sont coincées dans une fosse et se noient, il faut abattre tout le cheptel, et même l’équarrisseur n’en veut pas. Ajouter à ça les emprunts agricoles rachetés par une banque intraitable, le voisin escroc qui grignote les terres et donne à Ray des envies de meurtre, Floss, qui sent les premiers malaises d’un cœur vacillant, propose de vendre et d’aller en ville, ou à tout le moins de prendre des vacances (on verra à un moment la lumineuse scène sur la plage, dans ce monde où s’échappe Ray). Les fils ne veulent pas reprendre la ferme, la terre s’en va à vau-l’eau – à force de déboisement et de changement climatique. Ray, épaulé par son vieux copain et une membre de l’association Landcare, décide de reboiser tout le terrain et de le léguer à la communauté à condition de le laisser retourner à son état naturel, de le rendre au bush. Et il y a de la jouissance à voir pousser les plantations.
Tout cela se passe dans un temps malléable, entre souvenirs et réalité d’une belle histoire d’amour.

On pourrait résumer autrement : Ray est un vieux fermier. Ray va mourir. Ray tombe amoureux. Ray a eu une année difficile. Ray pleure sa femme. Ray rencontre sa femme. Ray ne veut pas vivre en maison de retraite. Ray ne sait pas exprimer ses sentiments. Les enfants de Ray ne le comprennent pas. Ray ne comprend pas pourquoi le monde ne le laisse pas vivre sa vie. Ray reboise sa terre. Ray en a fini.

Regard du traducteur

Si ce texte est assez différent des autres pièces de Cerini en termes de facture, il est tout aussi intense dans les situations comme dans la langue (toujours aussi concise, elliptique, sonore) dont le rythme fait entrer immédiatement dans l’histoire, avec ici une écriture qui laisse sa place au silence.
La pièce commence, Ray, un fermier âgé, prend un cachet – la pièce finit, il prend un cachet et s’effondre. Entre les deux, on a une structure temporelle dilatée et rétractée, on est en fait dans le souvenir de Ray mais rien ne le dit au premier abord, et on peut – ou on doit – penser être au présent de l’action. 
On y voit l’amour entre Ray et sa femme Floss y compris dans et au-delà de la mort ; on les voit aux prises avec la météo, le voisin escroc avide de nouvelles terres, la maladie, la fin de vie, le travail agricole et ses aléas ; on y voit une pensée écologique sur déforestation et désertification et leurs conséquences ; l’incompréhension avec ses fils – ils ne se comprennent pas forcément, mais ce n’est pas pour ça qu’ils ne s’aiment pas – et la difficulté à exprimer son amour ; et l’amour de l’homme pour sa terre, la conscience de l’erreur et la détermination à réparer – et c’est comme si la mort de sa femme redonnait force de vie à Ray, sa décision de réparer ses terres comme pour soigner le deuil. 
C’est un regard tendre sur le monde rural en Australie, et en réalité c’est aussi (et c’est le point de départ de la pièce pour l’auteur) une réflexion sur le suicide des personnes âgées, notamment des hommes de plus de 80 ans qui sont, en Australie, la catégorie de personnes qui se suicide le plus. Et c’est aussi un regard sur la vulnérabilité toute particulière de cette masculinité dans les classes populaires rurales d’Australie – masculinité déjà explorée dans les deux volets précédents de ce qui constitue en fait une trilogie - The Bleeding Tree (L’Arbre à sang), Wonnangatta, Into the Shimmering World (Et le monde resplendit).
On retrouve dans ce texte l’humour de Cerini, sa langue rugueuse, sonore, de plus en plus minimaliste, magnifique, avec des personnages rudement attachants. Encore une fois la nature est un personnage prépondérant, le temps qu’il fait aussi, le temps qui dure et passe et s’enfuit aussi.