Drame italien

de Edoardo Erba

Traduit de l'italien par Eve Duca

Écriture

  • Pays d'origine : Italie
  • Titre original : Dramma Italiano
  • Date d'écriture : 2006
  • Date de traduction : 2012

La pièce

  • Genre : drame
  • Nombre d'actes et de scènes : 3 actes
  • Décors : Actes 1 et 3 : un salon bourgeois désaffecté. Acte 2 : une buanderie.
  • Nombre de personnages :
    • 10 au total
    • 5 homme(s)
    • 5 femme(s)
  • Durée approximative : 2h
  • Domaine : protégé

Édition

Cette traduction n'est pas éditée

Résumé

Drame italien raconte l’histoire d’Elsa, une comédienne qui a perdu la parole suite à un accident cérébral. Elle va la retrouver petit à petit grâce à Polan et à son amour pour lui, avant de la perdre à nouveau lorsqu’elle se rendra compte que celui-ci n’éprouve pas de sentiments pour elle.
La pièce se déroule à Fiume, en 1948, dans une grande maison abandonnée par des juifs durant la guerre, qui est devenue un lieu de passage et de transition. On y trouve donc Elsa, ainsi que sa sœur Iucci, qui entretient des relations intimes avec Toni, un communiste titiste. Il y a aussi Ligio, qui va s’avérer être atteint de tuberculose osseuse, sa femme Ione et leur fille Dori, fiancée à Giordano. Giordano fait partie de ces 2000 ouvriers de Monfalcone, communistes stalinistes, qui avaient quitté l’Italie pour construire une grande patrie socialiste en Yougoslavie. Après la rupture qui eut lieu entre Tito et Staline en 1947, ces 2000 ouvriers italiens furent déportés dans le camp de concentration de Goli Otok, dont ils ne ressortirent qu’en 1956.
La pièce met donc en scène les conditions précaires dans lesquelles se trouve la ville au sortir de la guerre, qui vient d’être attribuée à la Yougoslavie, et le dilemme des 80000 italiens de Fiume qui doivent choisir entre partir en Italie où ils seraient des étrangers, et rester dans un pays où ils le deviendraient. 70 000 italiens ont préféré partir. Dori choisit de rester pour attendre la libération de Giordano et devenir comédienne au Drame Italien de Fiume.
Elsa, quant à elle, quitte Fiume en laissant à Polan son exemplaire de Minnie la Candida, la pièce de Massimo Bontempelli qu’elle jouait au théâtre et qui l’avait rendue célèbre. L’intertextualité permet alors de comprendre les évènements : dans la pièce de Bontempelli, le fiancé de Minnie lui fait croire que tout ce qui l’entoure n’est que fiction et celle-ci décide alors de ne plus parler, puisque même les mots ne sont pas vrais et son aliénation va jusqu’à la pousser au suicide.
L’auteur a choisi de situer sa pièce en 1948 car il lui semblait intéressant de raconter l’histoire d’une comédienne qui réapprend l’italien alors que la ville change de nom et devient Yougoslave.
Dramma italiano (Drame italien) c’est ce qu’ont fait de mal les Italiens en Istrie et à Fiume durant le fascisme, Dramma italiano, c’est pour les habitants de Fiume, en 1948, la décision de partir ou de rester, Dramma Italiano, c’est pour les ouvriers de Monfalcone qui viennent construire le socialisme et se retrouvent broyés par l’affrontement entre Staline et Tito. Dramma Italiano, c’est enfin, pour le personnage principal, − et pour Fiume – perdre sa propre langue. Parce que la langue est plus importante qu’un paysage, plus importante qu’une maison, plus importante qu’une mère ou une sœur. Une langue, c’est l’eau où nage notre esprit. Et le théâtre est une façon d’avoir toujours de l’eau fraîche.” Edoardo Erba

Regard du traducteur

La pièce traite un drame politique et historique survenu il y a soixante ans et qui fut très vite enterré, mais dont les blessures sont toujours d’actualité.
Elle met en scène les conditions précaires dans lesquelles se trouve la ville au sortir de la guerre, mais aussi le monde entier, tiraillé comme il est entre les différents pouvoirs et partis politiques. Dans ce contexte historique précis et dramatique, chacun réagit à sa façon, suivant ses propres idéaux, ses rêves, ses souvenirs, ses regrets. Chaque personnage d’Erba trouve une raison bien à lui à laquelle s’accrocher pour pouvoir affronter les évènements ou les créer, pour se trouver. Chaque personnage, même secondaire, est important et attachant. C’est cette myriade de caractères qui contribue à créer un monde crédible et dynamique, au sein duquel on aime les voir évoluer, régresser, se perdre, espérer. On suit avec tendresse et curiosité toutes ces vies si différentes.
Une différence accentuée par le travail sur la langue : italien, croate, dialecte de Fiume, se mêlent dans une polyphonie magnifique qui constitue le point commun de toute identité : le dire. Le drame d’Elsa est d’avoir perdu l’usage de la parole, mais elle le recouvre petit à petit, et c’est un usage hors du commun : des mots mis bout à bout sans sens intelligible apparent, mais qui, finalement, s’avèrent être de la poésie. Les mots d’Elsa sont ceux du cœur, libérés par son amour pour Polan : le signe d’une quête d’identité, d’un Moi retrouvé et d’un autre à aimer. Mais si cet autre ment, si ce sont, paradoxalement, ses paroles à lui, pourtant intelligibles, qui sont dépourvues de sens… mieux vaut, peut-être, revenir au silence.
La langue d’Erba est toujours fine, simple de poésie, gonflée de tendresse, hurlante de révolte. Il crée une pièce en trois actes basée sur le suspens, la surprise, la curiosité, les désirs, le besoin de se racheter. Il redonne vie à un passé qui n’est pas si éloigné et à des personnages magnifiques, bouleversants.
Le monde du théâtre est toujours là, à la fois symbole d’espoir et de fin tragique, ombre d’une réalité possible qui menace la réalité palpable, dessinant une ligne fine entre la réalité et la fiction, qu’il est facile d’enjamber.