Tristesse et joie dans la vie des girafes

de Tiago Rodrigues

Traduit du portugais par Thomas Quillardet

Écriture

  • Pays d'origine : Portugal
  • Titre original : Tristeza e Alegria nas Vidas das Girafas
  • Date d'écriture : 2012
  • Date de traduction : 2014

La pièce

  • Genre : conte
  • Nombre d'actes et de scènes : 3 actes et 27 scènes
  • Décors : Un appartement/ La rue/ Le bureau du premier ministre portugais
  • Nombre de personnages :
    • 9 au total
    • 8 homme(s)
    • 1 femme(s)
  • Durée approximative : 90 mn
  • Création :
    • Période : 2011
    • Lieu : Culturgest (Lisbonne, Portugal)
  • Domaine : protégé

Édition

Résumé

La pièce est un parcours initiatique. Girafe est une petite fille de 9 ans. C’est sa mère qui lui a donné ce nom, car elle est grande. Un peu sur le modèle de Candide, elle va de rencontre en rencontre, en traversant une Lisbonne dévastée par la crise économique. Elle est accompagnée par son ours en peluche suicidaire : Judy Garland.

La pièce de Tiago Rodrigues emprunte les codes du conte. Mais il ne faut pas s’y tromper, ce n’est pas une pièce pour enfant. Il y est question de crise économique, de deuils, de solitudes, de renoncements. C’est en confrontant un regard enfantin (ingénu, plein de d’espoir) avec la réalité des rouages économiques d’aujourd’hui (manque de redistribution, cynisme des hommes politiques) que Tiago Rodrigues surligne les cruautés et les aberrations d’un Portugal et d’une Europe en déroute.

Regard du traducteur

- Mélanges des genres :
La pièce est un jeu d’équilibre très ludique entre fiction et réalité. Elle mélange aussi les genres : documentaire animalier, exposé d’école, parodie de pièce de Tchekhov, langage poétique, trivialité. Girafe parle avec beaucoup de mots élaborés car elle est passionnée par les dictionnaires, mais comme c’est une petite fille de neuf ans, elle commet beaucoup d’erreurs. Cela crée un phrasé, une langue étrange, singulière qui permet à Tiago Rodrigues de jongler entre différents registres et de toujours surprendre le spectateur.

- Un regard mélancolique et lucide sur l’humanité:
L’auteur utilise les codes du documentaire animalier pour passer au tamis les règles que se sont données les humains. Nous revisitons le banal. Il remet en tension les évidences, dans ce sens la pièce rééduque notre regard. Le ton est assez caustique, ironique sans jamais tomber dans le cynisme. Cette girafe nous renvoie un regard tendre et mélancolique sur le bourbier que l’humain s’est créé.

- Une écriture qui laisse la mise en scène ouverte :
L’écriture est assez rythmée, grâce aux nombreuses accumulations (notamment les observations de Girafe). La langue est dynamique, on est toujours surpris par les types très marqués des personnages. Cette pièce est un excellent terrain de jeu pour les acteurs ou pour les metteurs en scène. Elle passe d’un récit, à une scène dialoguée ou l’inverse. L’humour côtoie l’amer, la tendresse côtoie le deuil. Certaines scènes peuvent amener l’acteur vers un terrain performatif. Ces mélanges de différents styles de théâtre sont très jubilatoires. La pièce ouvre un champ pour l’imaginaire. L’ironie et le décalage dénoncent avec beaucoup de subtilités les dérives de l’économie de marché. Très ancrée dans la réalité portugaise, Tiago Rodrigues réussit cependant à nous parler des politiques d’austérité présentes partout en Europe et de leurs dégâts sociaux.