Tout va pour le mieux, merci, vraiment !

de Yukiko Motoya

Traduit du japonais par Déborah Pierret Watanabe

Écriture

  • Pays d'origine : Japon
  • Titre original : Shiawase saikô arigatô maji de ! (幸せ最高ありがとうマジで!)
  • Date d'écriture : 2008
  • Date de traduction : 2018

La pièce

  • Nombre d'actes et de scènes : 12
  • Décors : magasin de journaux et appartement familial
  • Nombre de personnages :
    • 6 au total
    • 2 homme(s)
    • 4 femme(s)
  • Durée approximative : 120 mn
  • Domaine : protégé, companie Motoya Yukiko (gekidan@motoyayukiko.com)

Édition

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Résumé

Après son divorce, Shintaro Sone, marchand de journaux, s’est remarié avec Midori. Shintaro a un fils, Koichi, issu de sa précédente union et Midori, son épouse actuelle, a une fille, Satoko, également née de son premier mariage.

Un jour où le propriétaire des lieux s’est absenté afin d’aller déposer de l’argent à la banque, toute la petite famille ainsi qu’Eimi, l’employée, vaquent à leurs occupations quotidiennes, quand une inconnue prénommée Akari débarque chez eux pour semer la zizanie. Cette belle et mystérieuse jeune femme prétend être la maîtresse de Shintaro. Elle ne cesse de multiplier les provocations afin de faire réagir l’épouse soi-disant trompée. Malgré sa peur, Midori tient bon et avec sa fille Satoko et son beau-fils Koichi qui rentre de sa tournée de livraisons de journaux, ils se liguent contre l’inconnue et réussissent à la mettre à la porte. Or, le mensonge d’Akari n’en est pas vraiment un : tout le monde sait que Shintaro est un coureur de jupons. Et même si Midori défend son mari bec et ongles, elle détient des preuves de son infidélité et sa maîtresse n’est autre que leur employée Eimi.

Une fois Akari jetée dehors, Eimi se précipite à sa suite et l’aide à s’introduire dans la maison, car elle prétend s’être reconnue en elle.

Ainsi, Akari va persuader Eimi que les relations sexuelles qu’elle entretient avec son patron ne sont pas consenties et qu’elle est victime de viols. La jeune femme fragile et habituée des tentatives de suicide devient alors l’alliée d’Akari et l’aide dans sa démarche de destruction de la famille. Elle ne tarde cependant pas à éprouver des remords, mais ne tente rien non plus pour se libérer de l’emprise de l’étrange inconnue. 

Le mensonge d’Akari va petit à petit entraîner la révélation de tous les autres secrets de la famille. Midori finit par sommer Shintaro de s’expliquer à propos de sa relation extra-conjugale. Akari suggère à Koichi de réfléchir au nouveau mariage de son père six mois seulement après son divorce. Midori n’aurait-elle pas été la cause du départ de sa mère ? Eimi accuse Koichi d’entretenir une relation ambiguë avec sa sœur Satoko.

À plusieurs reprises, la famille Sone interroge Akari sur ses motivations. L’inconnue prétend qu’elle n’a nul besoin de raisons pour faire ce qu’elle fait. Elle dit pratiquer le « terrorisme aveugle ».

Chaque membre de la famille soutient qu’il est heureux, mais bientôt, Midori craque et déclare qu’ils n’avaient pas besoin d’Akari pour être malheureux, ils l’étaient déjà bien assez avant son arrivée. Shintaro craque à son tour et finit par reconnaître être un fieffé menteur. Car selon lui, sans mensonges, il ne peut y avoir de bonheur.

Or, la famille reste tout de même unie. Finalement, Akari échoue dans sa mission — détruire le couple —. Une fois l’abcès crevé, les Sone retournent à leur train-train quotidien.

Regard du traducteur

Yukiko Motoya dénonce ici avec humour le prétendu « bonheur familial » fait de mensonges et de non-dits. Pour la famille Sone, « tout va pour le mieux », oui, mais en apparence seulement. Car chacun possède un petit secret inavouable qu’il cherche à tout prix à protéger en érigeant des barrières de mensonges. Comment une étrangère peut-elle faire éclater cette bulle, révéler la véritable personnalité de chacun, et surtout le mal-être et la dépression qui les caractérisent tous ? Aucun de ces six personnages n’a une attitude raisonnable ; tous réagissent de manière absurde et démesurée.

La venue d’Akari, au début jugée dérangeante, se révèle finalement être une bénédiction pour cette famille recomposée qui a vu ses secrets — qui n’en étaient pas vraiment — exposés au grand jour. Le bonheur est le fil conducteur de la pièce. Qu’est-ce qu’être heureux finalement ? Personne ne réussit à apporter la preuve de son bonheur. Akari déclare même à Koichi que s’il n’a pas de raison de ne pas être désespéré, cela signifie qu’il l’est.

Akari, jeune femme mystérieuse qui le demeurera jusqu’à la fin, refuse de parler d’elle et de ses motivations. Pourquoi fait-elle croire à Eimi qu’elle est abusée par son patron ? Akari a-t-elle été victime d’un viol ? Cherche-t-elle à punir son violeur en punissant Shintaro ? Pourquoi est-elle seule le jour de son anniversaire ? Pourquoi se rend-t-elle chez des étrangers en ce jour particulier afin de semer le chaos ?

Akari est également un personnage aux tendances autodestructrices. N’ayant pas réussi son entreprise, elle s’asperge d’essence, mais finit tout de même par hésiter : doit-elle utiliser le briquet pour s’immoler ou pour allumer les bougies de son gâteau ? Elle choisit finalement les bougies, mais ne parvient pas à les allumer, car le malheur est sa seule option.

Yukiko Motoya est l’emblème de la « génération perdue ». Tout va pour le mieux, merci, vraiment ! (Shiawase saiko arigato maji de !) a fait couler beaucoup d’encre sur les blogues et dans la presse japonaise.

Dans cette pièce, Yukiko Motoya nous fait découvrir la famille japonaise de l’intérieur et fait tomber les masques avec un humour grinçant et une écriture vive qui ne laisse aucun instant de répit.