Écriture

  • Pays d'origine : Ecosse
  • Titre original : The Baby
  • Date d'écriture : 1990
  • Date de traduction : 1997

La pièce

  • Genre : tragédie
  • Nombre d'actes et de scènes : 1er acte : 15 scènes - 2ème acte : 6 scènes
  • Décors : rues de Rome - chez Crassus - l'intérieur du Palais de Pompée - un champ de bataille - la campagne au bord de la mer
  • Nombre de personnages :
    • 10 au total
  • Création :
    • Période : 13 octobre 1990
    • Lieu : Tron Theatre - Glasgow
  • Domaine : protégé : Dépôt SACD Lucien Marchal n° 89928 - Agent en Grande-Bretagne : Alan Brodie

Édition

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Résumé

En 78 avant Jésus-Christ, Sylla vient de mourir. Rome est en pleine émeute. Macu, abandonnée par son mari, fréquente Wocky. Macu et ses amies pleureuses refusent de pleurer le tyran défunt. Elles décident d'aller voir le sénateur Crassus pour lui annoncer leur décision. Macu entraîne les pleureuses chez Pompée et le provoque. Le Consul Lepidus décide de soulever le peuple, il s'enfuie de Rome et s'apprête à renverser le pouvoir. Pompée, jeune général romain, informé des événements et sollicité par le Sénat décide de punir les pleureuses et de prendre la tête d'une armée punitive contre Lepidus. Les hommes de main de Pompée incendient le quartier des pleureuses et Laura, la fille de Macu, y trouve la mort. Les funérailles de Sylla auront lieu, Pompée en a décidé ainsi en mémoire de son père. L'armée de Lepidus est proche de Rome. On retrouve Macu "porteuse". En fait, à la dérive, elle se donne aux soldats. Wocky la recherche. Wocky essaie de convaincre Macu de retourner à Rome avec lui et de pardonner à Pompée. Elle le repousse, fuit l'armée ; son errance se poursuit. Pompée demande au Sénat une entrée triomphale dans Rome. Le sénat hésite à fêter la victoire d'une guerre civile mais Pompée veut maintenant installer son pouvoir sur le peuple. De retour à Rome, Macu prophétise le malheur. Désespéré, Wocky lui tend le couteau avec lequel le peuple incite Macu à aller tuer Pompée. Macu se rend chez Pompée, le provoque et se tranche la gorge devant lui. Le peuple ne peut louer les tyrans qu'en se suicidant !

Regard du traducteur

On est peu habitué en France à utiliser l'histoire pour la malmener et nos dramaturges font semblant de faire vrai. Les anglo-saxons n'ont pas les mêmes scrupules et on connaît bien les débordements des Monthy-Python. En affirmant la fiction, les anglo-saxons ont au moins le mérite de ne pas faire passer des vessies pour des lanternes.
Avec Poupée br?lée, on est à la fois dans le débordement (un langage terriblement moderne dans une Rome on ne peut plus antique) et dans le respect de l'histoire puisqu'aucun événement n'est faux et que le récit est particulièrement documenté.
Pour Chris Hannan, l'histoire n'a d'intérêt que comme prétexte à produire une métaphore du présent. La Rome de Pompée peut-elle faire coïncider ses ombres avec la Grande-Bretagne conservatrice des années 90 ?

Comme d'autres jeunes auteurs de sa génération, Chris Hannan est peu soucieux du politique au sens où on l'entendait dans les années 70. Cela veut-il dire que la démarche métaphorique est inconsciente ? "Je voulais créer le désordre, le chaos... Une situation dans laquelle les émotions échappent, court-circuitent ou traversent les forces politiques à l'œuvre. L'intention est donc anti-Brechtienne mais n'est pas apolitique ; elle est anti-Brechtienne parce que je pense que Brecht est politiquement faible" (in l'introduction à l'édition de Poupée br?lée). La métaphore n'a d'intérêt pour Chris Hannan que si elle peut renvoyer au devenir personnel et intime des personnages. Ce qui l'intéresse, c'est la dialectique affective et émotionnelle qui se crée entre la colère de Macu et le désarroi de Pompée.

Au centre du texte, Macu, dont la modernité (mère célibataire, syndicaliste "amateur", femme "libérée" et anarchiste) tranche avec un contexte antique assez crédible.
De nombreuses figures burlesques entourent Macu, comme autant de contrepoints à sa tragédie. Le lien avec son amant-compagnon et surtout avec sa petite fille (si vite perdue pour le spectateur) b‚tissent une figure de femme contemporaine.

Le texte tout entier est traversé par la présence du feu, le feu qui br?le Rome, le feu qui tue Laura, le feu du sexe et de la guerre pour Pompée, la br?lure froide de la lune, le feu des paysans après le travail des champs... On notera aussi la forte présence des femmes (et l'importance numérique des rôles). De Macu à Flood, de Laura à Marcella... Chaque femme est une poupée br?lée... Ou bien cette poupée est-elle l'espoir d'un enfant perdu ou à venir ? La langue très quotidienne peut choquer un public français, peu habitué aux effets de réalisme dans un contexte historique : c'est un atout de la pièce. En créant cet "effet d'étrangeté" elle amplifie la valeur métaphorique du texte. Reste la douleur intime d'une femme projetée à la face de l'histoire.

L'errance de Macu est bien évidemment initiatique. En retournant enfin le couteau contre elle-même, elle signe la faillite définitive des politiques et affirme la suprématie de la quête personnelle. Une réponse parmi d'autres aux tentations fascistes !
On peut espérer qu'une jeune équipe s'empare de ce texte et brandisse son insolence et son énergie.