Écriture

  • Pays d'origine : Algérie
  • Titre original : El Guerrab oua salihine
  • Date d'écriture : 1965
  • Date de traduction : 2003

La pièce

  • Genre : Conte populaire
  • Nombre d'actes et de scènes : 3 actes. Pas de découpage en scènes
  • Nombre de personnages : 13 hommes, 3 femmes + le conteur et le choeur dont homme(s) et femme(s)
  • Création :
    • Période : 1967
    • Lieu : théâtre Régional d'Oran
  • Domaine : protégé : Mme Veuve Kaki Ould Abderrahmane

Édition

Cette traduction n'est pas éditée mais vous pouvez la commander à la MAV

Résumé

Les trois marabouts les plus vénérés du pays quittent le paradis pour la terre, répondant à l'invocation d'un malheureux porteur d'eau. La contrée où ils arrivent est frappée de disette. Personne ne voudra leur accorder l'hospitalité, à l'exception d'une femme aveugle qui sacrifiera pour eux son seul bien, sa chèvre. Les marabouts, en récompense, la couvriront d'or, à charge pour elle de l'utiliser dans la voie du bien. Ce qu'elle fera, sauvant la contrée de la famine et dispensant son argent sans compter. Mais bientôt, ce système d'assistanat généralisé se mettra à produire des effets d'une gravité telle qu'il faudra bien, alors, s'interroger sur ce qu'est, au fond, le bien et ce qu'est le mal.

Regard du traducteur

Le porteur d'eau et les marabouts est la pièce de Kaki où l'empreinte de Bertolt Brecht est la plus visible. On aura, en effet, aisément reconnu dans l'argument de cette pièce celui de La bonne âme du Sé-Chouan. Et l'on sait que Brecht s'était inspiré d'un vieux conte chinois pour écrire cette pièce. Or quelle ne fut la surprise de Kaki lorsqu'il découvrit, au moment de l'élaboration du Porteur d'eau et des marabouts, qu'une légende semblable à celle du conte chinois existait bel et bien dans les pays du Maghreb ! Dans la genèse de la pièce de Kaki, il y aura donc une source locale -la légende, le mythe populaire tressé autour des figures des marabouts tutélaires- et une source moderne, contemporaine, la pièce de Brecht, qui elle-même se réfère à un conte populaire.
La dramaturgie de cette pièce s'articulera autour de ces deux axes : une structure narrative -une forme- combinant les deux modes, épique et dramatique, d'exposition de la fable, et une réflexion -un contenu- mettant en jeu les catégories modernes de l'éthique et de la morale. Après les premières pièces de Kaki, qui forment ce que l'on peut appeler "la trilogie politique" (Le peuple de la nuit, 132 ans et Afrique avant un), Le porteur d'eau et les marabouts s'inscrit quant à elle dans une nouvelle trilogie, celle que l'on peut qualifier de "trilogie du merveilleux" (Diwan El Garagouze (ou l'oiseau vert), A chacun son jugement et Le porteur d'eau et les marabouts).
C'est dans ces trois pièces qu'éclate le génie dramaturgique de Kaki et que se donne clairement à lire sa conception du théâtre : une histoire où le réel est soumis à une critique d'une grande lucidité et, souvent, d'une grande férocité et où le merveilleux fait des incursions "naturelles", non pas pour rendre le spectacle plus divertissant, mais pour donner au propos la force et l'étendue d'une critique universelle.