Le Fou

de Edward Bond

Traduit de l'anglais par Georges Bas

Écriture

  • Pays d'origine : U.K.
  • Titre original : The Fool
  • Date d'écriture : 1975
  • Date de traduction : 1999

La pièce

  • Genre : "Epique-tragique" post-brechtien, Bondien "sui generis"
  • Nombre d'actes et de scènes : huit scènes (tableaux) : deux fois quatre.
  • Décors : huit décors : porche de manoir - bois - chemin - prison // Hyde Park - jardin - bois - asile
  • Nombre de personnages : 10 principaux + Nombreux secondaires doublés dont 6 homme(s) et 4 femme(s)
  • Création :
    • Période : 18 novembre 1975 (Prix de la meilleure pièce de l'année)
    • Lieu : Royal Court Theatre - Londres
  • Domaine : protégé : Agent : Casarotto - Ramsay (Londres) L'Arche (Paris)

Édition

Résumé

Pièce sous-titrée Scènes de Pain et d'Amour. Retrace la vie d'abord obscure, puis la célébrité éphémère, enfin la retombée dans l'oubli et la démence, du poète-paysan John Clare, en Angleterre, de 1815 à l'apogée de l'époque victorienne. La première partie est axée sur des révoltes et insurrections paysannes vite réprimées ; la deuxième partie sur les déboires professionnels et personnels de ce "fou" des puissants qu'est le poète (l'artiste en général).

Regard du traducteur

Il s'agit du second volet d'un diptyque consacré aux rapports entre l'artiste et la société. Dans les "scènes d'argent et de mort" de Bingo, Shakespeare illustrait la responsabilité du dramaturge envers la société de son époque. Dans les "scènes de pain et d'amour" de Le Fou, Clare revendique les droits du poète face à une société qui le censure et le détruit, mais la complexité plus grande de cette pièce montre que Clare est aussi responsable de sa destruction. Centré sur le contraste entre Noiraud et Clare ("clair") - l'ombre et la lumière, la Matière et l'Esprit - la pièce montre comment Noiraud pendu "devient" Clare (transfert de la veste verte) et comment tous deux p‚tissent d'avoir "dit la vérité" Dans la première partie, Noiraud est pendu pour avoir dit son fait à la classe possédante (et s'être révolté) ; dans la deuxième partie, Clare devient "fou" pour avoir critiqué la classe dominante dans sa poésie. Mais la folie de Clare vient aussi de ce qu'il a préféré Mary (l'amour rêvé) à Patty (l'épouse véritable). Non seulement il n'a pas su "imaginer le réel" et s'est nourri d'une "illusion" destructrice, mais il découvre trop tard que l'union idéale est celle de la Force de l'Action (Noiraud), de l'Amour et de l'Esprit (le Poète). Bond, qui s'est projeté dans Noiraud et dans Clare, dit ici que la fonction de l'artiste est d'"apprendre aux hommes à savoir manger". Pièce sur l'engagement nécessaire du créateur, Le Fou incarne sa démonstration dans de véritables tableaux d'une théâtralité et d'une poésie scénique magistrales : spectacle folklorique "masquant" la lutte des classes ; scène de sexe "naturel" en présence de garde-chasses : mise à nu ("stripping") par des paysans en révolte d'un homme d'église ; scène de prison hallucinante ; combat de boxe "métaphore" de l'exploitation ; scène domestique poignante ; rencontre nocturne avec des "fantômes" du passé ; asile psychiatrique final.