Écriture

  • Pays d'origine : Espagne
  • Titre original : Farsa infantil de la cabeza del dragón
  • Date d'écriture : 1909
  • Date de traduction : 2005

La pièce

  • Genre : Conte scénique : poétique et satirique
  • Nombre d'actes et de scènes : Original : 6 scènes en des lieux multiples ; Adaptation : 4 actes et 3 interludes
  • Décors : Cour de château médiéval / auberge (parc du Palais Royal) / Forêt / grande salle du Palais Royal (jardins royaux)
  • Nombre de personnages :
    • 17 au total
    • 12 homme(s)
    • 5 femme(s)
  • Durée approximative : 90mn
  • Domaine : public (depuis 2006)

Édition

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Résumé

Le Prince Verdemar fuit la colère de son père le Roi Mangucian dont il a libéré le lutin emprisonné. Apprenant qu’un dragon menace la vie de l’Infante Blanche-Fleur, fille d’un roi de la contrée, il va affronter le dragon, avec l’aide du lutin. Ayant vaincu le monstre, il obtiendra la main de l’Infante, non sans quelques obstacles de taille dont il saura triompher.

Regard du traducteur

La Farsa infantil de la cabeza del dragón fut écrite en 1909 mais publiée seulement en 1926 avec deux autres pièces – en vers celles-ci – sous le titre Tablado de marionetas : théâtre (tréteaux) de marionnettes. Nous préférons employer le terme de « conte scénique ». En effet le mot farce ne doit pas se comprendre avec la même rigueur que celle que nous pourrions employer, par exemple, pour la « farce de Maître Pathelin » ou pour les premières pièces de Molière.
Pour Valle-Inclán, la farsa  recouvre surtout une pièce de caractère bouffon où l’on trouve tous les ingrédients du genre : conflits burlesques, dialogues désopilants, atmosphère comique, voire satirique, personnages grotesques. Le dramaturge ébauche ici son procédé, « l’esperpento » : il s’agit de dépasser le réalisme propre à son temps, pour aboutir à ce qu’il appelle une « déformation mathématique » de la réalité, de façon à ce que les protagonistes mais aussi les spectateurs éventuellement, se regardent dans un miroir déformant qui leur renvoie une image sans concession de leur médiocrité.
De là à passer à la notion de « marionnette », il n’y a qu’un pas. Valle Inclán le franchit aisément… et c’est lui qui tire les ficelles ! Pourtant, s’il évoque à travers elle la dégénérescence qu’il observe dans l’Espagne de son temps (et en particulier du règne d’Isabelle II) il ne peut s’empêcher de nous transporter en même temps dans le monde poétique de la féerie. García Lorca s’en souviendra en écrivant « Retablillo de Don Cristobal » ou « La Zapatera prodigiosa ».

L’aspect poétique de La cabeza del dragón apparaît surtout dans le personnage du jeune chevalier Verdemar, prêt à donner sa vie pour l’amour de l’Infante Blanche-Fleur ; dans l’héroïsme de celle-ci, acceptant d’être sacrifiée au dragon pour sauver le royaume. Non content de nous émouvoir par les dialogues et l’attitude de ces deux protagonistes, le poète-dramaturge déverse la poésie dans ses disdascalies généreuses, délicieuses indications scéniques pour le metteur en scène.

Poésie également dans l’introduction d’éléments « merveilleux » sans lesquels il n’est point de conte : le lutin, l’épée de diamant, avec, en plus, une note « fantastique » (et un suspens !) apportés par la présence du dragon.

Et oui, au fait, et le dragon ?
Il n’apparaît qu’au troisième acte (et encore, pour se faire couper la tête !) mais le drame qu’il suscite conditionne toute l’action théâtrale. Le dragon n’est-il pas un mythe ? Combien de dragons ne menacent-ils pas les amours véritables ? Si le spectateur se pose des questions sur la fatalité, il apprendra ici que la volonté de l’homme permet de ne pas en être victime.
Alors ? farce ? marionnette ? plus que cela, cher Maître : du théâtre, du vrai théâtre, malheureusement dédaigné par vos contemporains. Ajoutons cependant que, dans les années 70, l’apparition en Europe du « nouveau théâtre » donnera lieu à la représentation de quelques pièces (l’auteur en a écrit plus de vingt.).

Notre début de vingt-et-unième siècle, bénéficiant des apports de la technologie dans le domaine du son et de la lumière, dans les changements de décors et les effets spéciaux aura-t-il l’audace de ressusciter ce mythique du dragon en le portant généreusement sur les planches et en inspirant, par surcroît, le cinéma d’animation ? Merci, Valle Inclán !