Écriture

  • Pays d'origine : Japon
  • Titre original : Sanpo suru shinryakusha
  • Date d'écriture : 2010

La pièce

  • Genre : drame fantastique, ici adapté pour la radio
  • Nombre d'actes et de scènes : quatre actes
  • Décors : Intérieurs (chambre d’hôpital, entrée d’une maison particulière, etc.) et extérieurs.
  • Nombre de personnages :
    • 10 au total
    • 8 homme(s)
    • 2 femme(s)
  • Durée approximative : 60 mn
  • Domaine : protégé

Édition

Cette traduction n'est pas éditée mais vous pouvez la commander à la MAV

Résumé

1.

Une chambre d’hôpital, où un poste de télévision serine le fait divers qui agite la villle : une septuagénaire de la ville s’est donné la mort après avoir tué son fils, son épouse et leurs deux enfants. 

C’est dans cette chambre que Narumi retrouve son mari. Voilà trois jours qu’il avait disparu. Elle ne s’en était guère inquiétée, en vérité, le soupçonnant depuis longtemps de la tromper. Mais elle apprend de la personne qui l’a receuilli – un journaliste venu dans la ville enquêter sur le fait-divers – qu’on l’a retrouvé errant pieds nus dans la ville, en compagnie d’une vieille femme en pleurs. Rien de grave à déplorer quant à sa santé, si ce n’est qu’il ne reconnaît plus sa femme et semble souffrir de troubles de la mémoire. Narumi le ramène à la maison et va essayer de reconstruire une relation avec ce mari “réinitialisé”. Elle doit tout lui réapprendre “comme à un enfant”. Il lui demande en revanche de devenir son “guide”. Elle l’interroge sur cette fonction de “protection”, dont l’appelation ne lui plaît guère. Peu à peu, Narumi se sent redevenir une épouse aimante pour son mari. Asumi, sa sœur, venue leur rendre visite, tente d’expliquer à Shinji la relation de parenté qui l’unit à elle, et au cours de cet entretien, un incident se produit : Shinji lui demandant la définition de la “famille”, en profite pour lui en “voler” le concept. Asumi, troublée, se met à pleurer sans raison apparente.

2.

Tous les jours, après avoir parcouru les journaux et noté quantité de mots dans un carnet, Shinji part en promenade, “pour le travail”, en finissant toujours par s’égarer dans la ville. Narumi, qui s’en va donc chaque fois à sa rencontre, trouve que son état s’améliore, que la mémoire lui revient, plus même qu’elle ne l’espérait. La grande différence avec le passé est qu’il ne connaît plus l’usage du mensonge. Ainsi lui avoue-t-il sa liaison avec une collègue de bureau. Narumi, qui s’en doutait, n’en est pas moins bouleversée : des larmes lui viennent. Shinji cherche à la rassurer en lui offrant la montre qu’elle avait désirée plusieurs années auparavant.

Le téléphone sonne sans cesse, mais Harumi a pris la précaution de mettre le répondeur. Tantôt c’est le médecin qui insiste pour voir Shinji, d’autres cas similaires se déclarant tous les jours. Tantôt c’est le journaliste qui enquête sur le mal qui se propage dans la ville.

3.

L’inquiétude de Narumi, mais aussi de son père, se porte sur sa sœur Asumi dont le comportement est de jour en jour plus bizarre : elle insulte son père, ne semble plus le reconnaître, le jette à la porte. On l’emmène à l’hôpital où on lui administre une forte dose de calmant. Le journaliste survient ensuite : il rapporte à Harumi ses découvertes et sa rencontre avec un jeune garçon, Amano, qui présenterait des symptômes similaires à ceux de Shinji, mais en leur donnant un nom : de mystérieux extra-terrestres auraient investi son esprit. Amano aurait fait devant lui la démonstration d’un vol de concept. Harumi n’en croit pas ses oreilles, mais elle se laisse convaincre de ne pas laisser Amano et Shinji se rencontrer, car ils risqueraient alors de repartir ensemble là d’où viennent, leur enquête sur le monde humain étant sur le point d’aboutir. Harumi s’empresse alors de pousser Shinji dans la voiture et de prendre la fuite.

4.

Dans la voiture, Shinji confirme ce que Harumi vient d’apprendre du journaliste. Elle ne veut pas en rester là avec cette nouvelle version de son mari, dont elle est désormais plus éprise que de l’ancien. Il lui confesse qu’il a récupéré la mémoire de l’ancien Shinji, non plus comme une simple somme d’informations, mais comme autant de vécus éprouvés. Lui-même ne cache pas les regrets qu’il aurait à la quitter. Elle lui demande alors s’il a pu s’emparer du concept d’amour ? De fait, la chose l’intriguait, les hommes hésitant beaucoup à en parler. Elle lui propose de capturer ce concept sur sa propre personne, mais il refuse, la règle étant qu’on ne prend rien à son “guide”. Cependant, devant l’insistance de Harumi – s’il doit s’en aller, mieux vaut qu’elle ne mette plus de sens sous ce concept ­– il se laisse convaincre. Elle a tôt fait de sécher ses larmes, et c’est au tour de Shinji de pleurer, comme d’assurer le monologue conclusif, la voix intérieure tramant le récit...

Regard du traducteur

J’ai découvert la pièce au théâtre, dans une de ses récentes versions, très bien interprétée par des acteurs sachant jouer avec habileté ces glissements du quotidien vers l’étrange et l’improbable dont est cousu le théâtre de Maekawa. La pièce originale, deux à trois plus longue que la version radiophonique, dépeignait à travers certains personnages secondaires une jeunesse à la dérive (un étudiant, un chômeur) qui conférait une épaisseur sociale aux intrusions des Autres (les extraterrestres) dans un monde déboussolé. Kurosawa Kiyoshi a fait deux films à partir de la pièce. Le premier semble resserrer davantage l’action sur le couple Shinji-Narumi et la figure de l’épouse qui retombe amoureuse d’un mari qu’elle savait volage, cela peut-être sous l’influence de cette version radiophonique qui joue davantage la confrontation entre deux sortes de charmes : une énamoration recommencée et redoublée et un curieux état de possession par un autre absolu (les extraterrestres),lequel vous ôte la faculté de penser et jette un trouble d’un autre genre, mais non moins définitif. Comme dans les autres pièces de Maekawa, l’action progresse au fil d’une enquête, c’est-à-dire d’une emprise dont les héros doivent aussi s’échapper.