La chute

de Biljana Srbljanovic

Traduit du serbo-croate par Ubavka Zaric

Écriture

  • Pays d'origine : Serbie-Monténégro
  • Titre original : Pad
  • Date d'écriture : 2000
  • Date de traduction : 2001

La pièce

  • Genre : Comédie dramatique
  • Nombre d'actes et de scènes : 22 scènes
  • Création :
    • Période : juillet 2001
    • Lieu : Festival Teatar-Grad Budva
  • Domaine : protégé : L'Arche éditeur
  • Lecture publique :
    • Date : 15 juillet 2000 / ao?t 2000
    • Lieu : Festival d'Avignon / Festival du théâtre du Peuple de Bussang

Édition

Résumé

Une femme accouche. Elle accouche d'une maison, d'un téléviseur, d'une caserne, d'une église et de barbelés, autant d'instruments de manipulation qu'elle va utiliser pour réaliser sa principale ambition : exercer le pouvoir. Une pièce entre Jarry et Maïakovski, et une dénonciation virulente et courageuse de la montée au pouvoir des dictateurs.

Regard du traducteur

Par son sujet et par la façon de l'aborder, La chute est une pièce singulière. Son sujet, c'est la Serbie de ces dix dernières années. Sa façon de l'aborder, la transcription du réel. On pourrait même dire que c'est une pièce historique - un témoignage de ce qui se passe ici et maintenant. Un appel au secours, peut-être.

Courageusement, Biljana Srbljanovic dénonce les mécanismes de la montée au pouvoir du couple Milosevic-Markovic (Mirjana Markovic est l'épouse du président de la Yougoslavie et, paraît-il, le cerveau de sa dictature).
Les moyens qu'ils utilisent pour subjuguer le peuple - le mot n'est pas exagéré -, le "raffinement" de la manipulation des foules et les procédés caractéristiques de l'état policier sont clairement décortiqués. La religion, les médias, le foyer, la fierté nationale, les valeurs traditionnelles, tous les symboles chers à ces deux dictateurs sont traités dans leur état brut.
Srbljanovic n'embellit rien, elle exagère à peine et, si elle le fait, c'est pour mieux démontrer l'absurdité de la situation. Son procédé est simple et efficace. De cette masse du discours politique prononcé au cours des dix dernières années, Srbljanovic extrait l'essentiel et le met en situation. En fait, il ne s'agit que d'un seul et même propos traité de mille manières différentes. Elle s'applique à obéir mot à mot à "son" président. L'effet comique et grotesque découle naturellement de la situation. Du point de vue de l'écriture, cet ancrage dans le réel lui permet aussi de garder une distance, tout en dénonçant le mécanisme de l'intérieur. Ses personnages exécutent au pied de la lettre ce qu'on leur dit. Ils sont ridicules, mais c'est l'effet recherché. Plus exactement, seuls les personnages des deux dictateurs et de leurs deux serviteurs sont ridicules. Deux autres personnages symbolisant le peuple sont "paumés" et elle les traite avec affection et compréhension.

D'ailleurs, Srbljanovic traite ses personnages de deux façons différentes mais complémentaires : à travers le texte et à travers l'occupation de l'espace scénique. Le décor, complexe et surréaliste, sert l'écriture. Il accentue, rend disproportionné et ridiculise les personnages et les situations au-delà de la parole. En un mot, tous les moyens sont bons, pourvu que les gens prennent conscience de la gravité de la perversion mentale dont ils sont victimes.

La chute est une pièce de ras-le-bol citoyen, "d'espoir" cynique que tout doit finir un jour, espoir né du désespoir. Et si les scènes relatant les croyances populaires peuvent paraître aujourd'hui irréalistes, incompréhensibles, voire exotiques pour un spectateur occidental, il faut bien garder en tête que le meilleur moyen pour subjuguer un peuple est de lui ôter la capacité de se poser des questions et de chercher des réponses. Les formes archaïques des croyances populaires n'autorisent pas leur mise en question. La régression mentale est ce qui permet aux dictatures d'exister. Elle est, peut-être, leur plus grand crime.