Écriture

  • Pays d'origine : Cuba
  • Titre original : Aire frío
  • Date d'écriture : 1959
  • Date de traduction : 2008

La pièce

  • Genre : drame réaliste aux accents de comédie grotesque
  • Nombre d'actes et de scènes : 3 actes
  • Décors : un salon – salle à manger dans une demeure modeste
  • Nombre de personnages :
    • 15 au total
    • 11 homme(s)
    • 4 femme(s)
  • Durée approximative : 2 h
  • Création :
    • Période : 1962
    • Lieu : La Havane (Cuba)
  • Domaine : protégé (héritiers de Virgilio Piñera / Agencia Literaria Latinoamericana).

Édition

Cette traduction n'est pas éditée mais vous pouvez la commander à la MAV

Résumé

DE L’AIR met en scène la famille Romaguera au long de vingt années au cours desquelles le temps semble passer en vain. Les attentes, les rêves de Luz Marina se résument à bien peu : un ventilateur. Mais ce dernier, objet de tous les fantasmes, symbole de toutes les frustrations de la jeune femme, prend des proportions inédites. Les finances déplorables de la famille la forcent à remettre sans cesse l’achat au lendemain, ou à l’année suivante. En attendant, les personnages étouffent, physiquement et mentalement. La répétition des mêmes mots et des mêmes rituels transforme l’inertie en fatalité. La fable s’étire dans le temps, qui passe sans entraîner de changement hormis la progressive dégradation des personnages. À la cécité de l’un répond la surdité de l’autre. Les répliques obsessionnelles laissent alors la place à un dialogue de sourds. Peu à peu, cette pièce qui s’annonçait à son ouverture comme un drame réaliste dérape et verse dans le grotesque.

Regard du traducteur

Le choix de traduire le théâtre de Virgilio Piñera (1912-1979) répond d’abord à la volonté de combler une lacune : rares sont en effet les pièces de ce pionner du théâtre cubain contemporain traduites en français. Pourtant, il s’agit bien d’un auteur majeur, d’une référence omniprésente des lettres cubaines contemporaines. La publication à Cuba, en 2002, de son Théâtre complet en atteste ; elle contribue également à la réhabilitation d’un auteur longtemps marginalisé par le régime cubain, qui ne l’a pas toujours jugé conforme aux préceptes de la révolution.

Il fut avant tout un précurseur. À l’heure où Cuba s’enlisait  dans un répertoire hérité des zarzuelas espagnoles et de leur pendant cubain, le teatro bufo, sorte de « commedia dell’arte tropicale » qui commençait à montrer des signes de dégénérescence, il fut le premier à s’intéresser aux modèles de l’avant-garde internationale. Sa farce Electra Garrigó (1941), adaptation de l’Électre de Sophocle, constitue un tournant dans l’histoire du théâtre cubain contemporain, marquant son entrée dans la modernité.

Et c’est, entre autres, dans le maniement de l’humour que Virgilio Piñera s’impose en maître. Lui-même le revendique comme arme de critique sociale tout en l’imposant comme expression privilégiée de la cubanité :

"À mon avis, un Cubain se définit par la rupture systématique avec le sérieux entre guillemets. Comme tous     les mortels, le Cubain a le sens du tragique. […] Mais en même temps, ce Cubain n’admet pas, il rejette, il vomit toute imposition de solennité. Ce qui nous différencie des autres peuples d’Amérique, c’est que nous savons que rien n’est vraiment douloureux ni absolument joyeux. […] Nous sommes tragiques et comiques à la fois."

Mais le théâtre de Virgilio Piñera n’est pas seulement ancré dans un pays ou une époque. De l’air traverse le temps et les frontières grâce à l’acuité du regard de son auteur lorsqu’il dépeint la vie, les mœurs et les travers d’une famille cubaine de la première moitié du XXe siècle, certes, mais qui pourrait bien être d’ailleurs, ou d’ici, et d’aujourd’hui.