Bêtes, chiennes et autres créatures

de Luis Enrique Gutiérrez Ortiz Monasterio, dit LEGOM

Traduit de l'espagnol par Christilla Vasserot

Écriture

  • Pays d'origine : Mexique
  • Titre original : De bestias, criaturas y perras
  • Date d'écriture : 2002
  • Date de traduction : 2005

La pièce

  • Nombre d'actes et de scènes : 3 actes
  • Décors : une pièce dans un appartement modeste
  • Nombre de personnages :
    • 2 au total
    • 1 homme(s)
    • 1 femme(s)
  • Création :
    • Période : 2004
    • Lieu : Foro La Gruta (Centro Cultural Helénico), Mexico
  • Domaine : protégé : pour le texte original : LEGOM (l'auteur) et pour la traduction : Christilla Vasserot
  • Lecture publique :
    • Date : 2005
    • Lieu : Panta Théâtre à Caen

Édition

Résumé

Le titre de la pièce fait référence à ceux dont l’entrée est interdite dans certains lieux (un immeuble modeste pour célibataires en l’occurrence). Et ce titre rend leur amour impossible. Eux, ce sont deux anonymes qui vivent dans les bas-fonds d’une société mexicaine empreinte d’une misère qui teinte de violence les rapports humains ; les liens du couple, alors, peinent à devenir des liens amoureux. Lui et elle s’entraînent mutuellement toujours plus bas, chacun compte sur l’autre pour faire surface tout en cherchant le salut ailleurs, là où l’autre n’a pas sa place.
Au début de la pièce, elle tente de se faire une place chez lui, là où les bêtes, les chiennes et autres créatures n’ont pas droit d’entrée. Mais elle est une chienne, une pute que l’on traite comme une bête ; et la créature qu’elle a engendrée le fils qu’elle tente de faire reconnaître, « cette chose qui passe ses journées à faire la grimace, à se tripoter le trou du cul n’importe où, même chez les gens bien » est logée à la même enseigne, soumise aux mêmes interdictions.
Au fil des trois actes, les rapports de domination et d’humiliation évoluent, s’inversent. Mais pour lui comme pour elle, le but du jeu n’était pas de gagner la partie mais d’en sortir. De s’en sortir.

Regard du traducteur

Un certains nombre de détails, comme la référence à la frontière avec les Etats-Unis et aux « maquiladoras » (entreprises nord-américaines frontalières qui emploient une main d’œuvre mexicaine à bas prix) situent la pièce au Mexique. Mais le texte dépasse ce contexte pour nous présenter un tableau bien noir des rapports humains au sein d’une société qui s’applique à les dégrader.
La violence est omniprésente dans les mots des personnages : un homme et une femme à la recherche de leur humanité, d’une reconnaissance. Car leur anonymat n’est pas un choix d’écriture vain. Ils n’ont pas de nom dans cette société qui les réduit malgré eux à l’état de bêtes. Ils aspirent à se faire un nom, rechignent à le partager lorsqu’ils en ont un, sans pour autant se faire d’illusion sur la valeur de ce bien : «Le mien ou rien, ça revient au même. Je crois que ça revient au même. Ma mère m’a inscrit à l'état civil parce qu’il y avait une promotion. Une ristourne de la mairie. On lui a demandé le nom de famille de mon père, alors elle a cherché dans l’annuaire. D’abord elle s’est trompée. C’était le nom d’une fabrique de pierres tombales. Alors elle a demandé qu’on lui laisse un instant. Tu vois ce que je veux dire. Le vieux truc de j’ai envie de faire pipi. Elle est allée aux toilettes et elle a cherché un autre nom de famille, un de ceux qui sont griffonnés sur les portes des toilettes, mais ça vaut pas mieux. Je ne peux pas donner à ton petit un nom qui n’est pas celui de mon père.»
Ce dialogue de bêtes pose ainsi un regard sans concession sur la violence des rapports humains.