Écriture

  • Pays d'origine : Uruguay
  • Titre original : Barbarie
  • Date d'écriture : 2009
  • Date de traduction : 2010

La pièce

  • Genre : Dramatique
  • Nombre d'actes et de scènes : 99 tableaux, 7 soliloques et 1 épilogue
  • Décors : Banquise du pôle nord et une salle de musée
  • Nombre de personnages :
    • 7 au total
    • 4 homme(s)
    • 3 femme(s)
  • Durée approximative : 1h15
  • Domaine : protégé : Agadu

Édition

Cette traduction n'est pas éditée mais vous pouvez la commander à la MAV

Résumé

Barbarie est l’histoire de sept personnages qui font naufrage au milieu d’une banquise dans l’océan Arctique.

À travers 99 tableaux, 7 soliloques et 1 épilogue, ils vont essayer de survivre au milieu d’énormes plaques de glace qui menacent de se briser d’une minute à l’autre. Au fur et à mesure, ils vont comprendre qu’il n’y a aucun retour possible. Mais plus le temps presse, plus la faim se fait sentir. La seule issue possible : se dévorer les uns les autres.

Le thème du naufrage est donc l’épicentre de toute la pièce autour duquel s’articule l’impossibilité de revenir de là où nous venons.

Regard du traducteur

Positionnement du texte / l’ensemble de l’œuvre de SB

Ce texte ne marque pas un changement mais une clarification de l’œuvre de Sergio Blanco.

En effet, la thématique demeure sensiblement la même à travers l’ensemble de ses textes, comme un fil conducteur hobbesien : « l’homme est un loup pour l’homme ». Il devient prédateur et les corps deviennent chair, christique ou alimentaire. Ici, le regard de SB ne change pas. Au contraire, la dramaturgie est au service de ses idées politiques et philosophiques et si les textes de Blanco revêtaient une forme de facture plutôt classique, sous forme d’actes et de scènes (un style de dialogues de style naturalistes et encadré par de très longues descriptions didascaliques), Barbarie apparaît plus actuel dans sa forme.

Ce texte se déroule à travers 99 tableaux dialogués et 7+1 textes respectivement qualifiés de soliloques et d’épilogue.

Une grande catastrophe a plongé l’homme dans le néant, un désert. La métaphore du naufrage des 7 personnages sur la banquise du pôle nord, au milieu des glaces, est simple mais efficace. L’homme survit à cette tragédie et SB s’intéresse non pas à une éventuelle référence historique mais aux images évanescentes que crée la situation à huit clos régie par la nécessité de la faim. Ainsi la fiction que créent ces images anime les tensions dramatiques de l’œuvre. En ce sens, il y a bien la construction d’une œuvre dramatique et littéraire.

Avec une grande économie linguistique, les personnages vont disparaître. Tel un mécanisme d’horlogerie, des répétitions s’enchaînent et se superposent.

 

Le statut des didascalies

Depuis ma première traduction, le travail sur l’écriture didascalique m’a paru passionnant et fondamental car celle-ci indiquait non seulement des possibles notes de mise en scène mais aussi le récit mis en abîme dans une écriture plus romanesque. Ce dédoublement de plan, au moment de traduire, a été pour moi un moteur dans la traduction, le pivot autour duquel s’articulait l’œuvre émergente de Blanco.

Aujourd’hui, Barbarie me semble être le paroxysme de cette poétique. Les didascalies sont devenues un espace spécifique (une salle de musée) aux antipodes de celui où a lieu l’action dramatique (le pôle nord). Ainsi, ce texte met en place un dispositif dramaturgique qui permet de lire les didascalies comme une langue dans la langue, sous forme d’inversion dramatique. Ces « intercalaires didascaliques » sont donc des soliloques silencieux, où disparaît totalement la parole, un espace où la parole et l’image s’intériorisent.

 

L’écho des images

Apparaît alors l’axe autour duquel je développe l’ensemble de ma réflexion et de mon travail de traduction de l’œuvre de SB : l’écho. Si des techniques proches du palimpseste sont utilisées par cet auteur (palimpsestes littéraire et visuel), c’est plutôt la correspondance entre des éléments récurrents (la main, le bras, les loups, l’image, le fantasme et les fantômes, l’arme, le sang, les crocs, etc.) qui vient rythmer l’ensemble de ses textes, qui m’intéresse. Leur résonnance et leur transformation font de son œuvre une œuvre contemporaine et moderne où fiction et réalité, forme et fond, sont constamment en tension.

 

La langue

De plus, la langue à l’œuvre dans les 99 tableaux s’égrène et s’appauvrit pour devenir le symptôme de la disparition de l’homme. C’est dans la dualité des plans fictionnels que le rythme du texte trouve sa place. Ainsi, tout le travail de traduction joue sur des rythmiques induites par la forme, au service du fond, qui, telle une éternelle ritournelle, chante le massacre de l’homme par l’homme.

 

Il est intéressant de souligner combien ce texte se met en place autour d’une fiction, qui se veut donc vraie puisque mimésis du réel, et en même temps est reçue par le lecteur/spectateur comme invraisemblable. Ainsi, les images issues du réel et de la fiction intérieure s’entrechoquent constamment. C’est précisément la langue, son appauvrissement, son égrenage beckettien, qui vient traduire cette tension. La traduction s’est tout particulièrement centrée sur cet aspect.

David Ferré